Plan de relance: le cri d'alarme d'Obama

SLATE Si le Congrès ne se décide pas vite, «notre nation va sombrer dans une profonde crise et on ne sera peut-être plus capable de faire marche arrière»...

Par John Dickerson, traduction 20minutes.fr

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Le budget des Etats-Unis, plombé par la crise, devrait dégager un déficit faramineux de 1.200 milliards de dollars cette année, a averti mercredi le bureau du Budget du Congrès américain (CBO) publié mercredi. Cette prévision ne prennd pas en compte le coût du plan de relance.
Le budget des Etats-Unis, plombé par la crise, devrait dégager un déficit faramineux de 1.200 milliards de dollars cette année, a averti mercredi le bureau du Budget du Congrès américain (CBO) publié mercredi. Cette prévision ne prennd pas en compte le coût du plan de relance. — Chris Hondros AFP/Getty Images

Comment un dirigeant connu pour être quelqu'un de posé peut-il faire pour provoquer un mouvement de panique? C'était l'un des défis auxquels était confronté Barack Obama jeudi, alors qu'il se lançait dans le discours le plus présidentiel qu'il pouvait prononcer sans le sceau officiel. A moins que le Congrès ne se prononce rapidement sur son plan de relance, a-t-il déclaré, «notre nation va sombrer dans une profonde crise et on ne sera peut-être plus capable de faire marche arrière».

C'était un discours de gouvernant par un homme qui, au moins techniquement, ne gouverne pas encore. En s'attelant à cet exercice, Obama nous a non seulement donné des indices sur la façon dont il va gérer le Congrès, mais aussi sur la façon dont il va utiliser sa propre popularité pour parvenir au changement qu'il a promis.

Obama a tenté d'expliquer aux Américains le coût du plan de relance en leur expliquant l'immensité des enjeux. Il a fait pression sur les membres du Congrès pour agir vite. Le délai pour voter cette loi a déjà été repoussé, alors que l'on a pris conscience de l'ampleur de la législation en question. L'équipe d'Obama a un moment pensé que celui-ci pourrait signer le texte de loi dans les jours qui suivent son investiture; ils espèrent désormais que le Congrès pourra agir avant les vacances parlementaires de février.

Méfiance

Pour un président qui n'a cessé de promettre une manière complètement nouvelle de gérer Washington, Obama, dans son discours, nous a rappelé des souvenirs… Un parfum de déjà entendu flottait sur son message central et récurrent. Obama a promis que le plan de relance incarnerait sa nouvelle approche, mais en l'exposant, il a repris tous les messages que nous avons entendus déjà de Washington dans les 6 derniers mois: si le gouvernement fédéral n'agit pas vite et fort (et à coups de grosses dépenses), la maison va s'écrouler.

Les gens ont, à juste titre, appris à se méfier de ces grandes lois compliquées et votées à la hâte. Obama reconnaît que les Américains ont déjà entendu son message avant et il est conscient du scepticisme qui règne face à l'action du gouvernement. «Certes, le gouvernement seul ne peut parvenir à régler le problème de l'emploi et de la croissance à long terme», a-t-il expliqué,«mais dans ce contexte particulier, il n'y a que le gouvernement qui puisse donner ce petit coup de tonus nécessaire à court terme pour nous sortir d'une récession si profonde et si grave».

L'urgence du moment a donné un caractère solennel à sa déclaration, comme c'était le cas pour Reagan quand il a dit en 1981 :«le gouvernement est le problème» – ou comme pour Clinton quand il a déclaré en 1996: «l'ère des gouvernements forts est terminée».

La popularité d'Obama


Contrairement au président Bush, au secrétaire au Trésor Henry Paulson et aux dirigeants du Congrès – qui ont tous appelé à une action gouvernementale forte – Obama est suffisamment populaire pour avoir une chance de réussir. La question est de savoir s'il peut prêter un peu de sa popularité pour réparer l'image du gouvernement. La population ne fait plus confiance aux institutions de Washington.

Et, alors qu'elle croit en Obama, on ne sait pas dans quelle mesure elle transfèrera cette confiance vers des institutions certes mal aimées mais sur lesquelles Obama devra s'appuyer pour mener à bien ses plans. Pour le moment, les sondages sont plutôt bons pour le futur président. Selon une enquête Politico/Allstate, 73% des Américains soutiennent Obama. Un sondage Gallup indique que 53% de la population soutient son plan de relance et que 36% s'y opposent.

Obama espère attirer la confiance en promettant de la transparence. Il a par exemple promis que la loi serait consultable sur Internet, pour que les gens puissent vérifier que leur argent est correctement dépensé. Si les gens ont l'impression que tout est fait de façon honnête, répètent les conseillers d'Obama, ils seront forcément convaincus que ça marchera.

Le Congrès a reçu le message

Alors qu'on regarde le président élu tenter de greffer sa popularité sur les institutions de Washington, on observe aussi la pression qu'il exerce sur ces mêmes institutions. "Son message à l'intention du Congrès, c'était 'Attention'", a expliqué un spécialiste de la politique après avoir écouté le discours.

Pour Obama, il doit y avoir «une discussion ouverte et honnête sur cette loi», mais ça ne doit pas durer trop longtemps. Il a déclaré qu'une action rapide ne serait possible que si les membres du Congrès «échangent leurs vieilles pratiques contre un nouveau sens des responsabilités». La conclusion logique, c'est que si ça traîne, ça voudra dire que le Congrès est incapable de se montrer responsable.

Et le Congrès semble avoir reçu le message. Harry Reid, chef de la majorité démocrate au Sénat, et Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants, ont tous deux promis de faire siéger les élus pendant les vacances parlementaires de février si l'examen du plan de relance n'est pas terminé. Dans le meilleur des cas, Obama le signerait le 16 février, «Jour du président» (ndlt : jour férié aux Etats-Unis) – moment idéalement symbolique pour un premier succès.