Biden déclare la «guerre» à l'économie, et ce n'est pas bon signe

SLATE Les politiques adorent comparer à la guerre des choses qui n'ont pourtant rien à voir avec la guerre...

Par John Dickerson, traduction 20minutes.fr

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Barack Obama a promis vendredi de s'attaquer de front à la crise dès qu'il prendra ses fonctions à la Maison Blanche, lors de sa première conférence de presse depuis son élection à la tête des Etats-Unis, qui semblaient s'avancer un peu plus vers la récession.
Barack Obama a promis vendredi de s'attaquer de front à la crise dès qu'il prendra ses fonctions à la Maison Blanche, lors de sa première conférence de presse depuis son élection à la tête des Etats-Unis, qui semblaient s'avancer un peu plus vers la récession. — Justin Sullivan AFP/Getty Images

«Nous sommes en guerre». C'est ce qu'a déclaré Joe Biden à des dirigeants du Congrès à propos de la crise économique, comme le rapporte Jonathan Martin, du site «Politico». Selon les précisions de la porte-parole de Biden, le vice-président élu voulait dire que lors du vote du plan de relance, les membres du Congrès devraient faire preuve du même esprit de coopération qu'après le 11 septembre.

Les politiques adorent comparer à la guerre des choses qui n'ont pourtant rien à voir avec la guerre. C'est à la fois un abus de langage et un tour de rhétorique. On entend parler de guerre et on pense que, quelque soit ce que nous demandera ce politique, ce sera nécessaire, puisque c'est la guerre! Mais dans le passé, les présidents ont souvent déclaré la guerre à des choses qui existent pourtant toujours.

C'est Lyndon Johnson (président démocrate des Etats-Unis de 1963 à 1969) qui a inauguré cette pratique en déclarant la guerre à la pauvreté. Mais récemment, les démocrates ont affirmé que cette tendance à «déclarer la guerre à quelque chose» était plutôt un penchant républicain. Le républicain Richard Nixon avait déclaré une guerre au cancer et une autre à la drogue – il avait même fini par qualifier ce dernier fléau de «menace pour la sécurité nationale», dans un décret de 1986.

Un souvenir de Bush

L'expression «guerre contre la terreur» du président Bush est à l'origine d'une «culture de la peur aux Etats-Unis», a estimé Zbigniew Brzezinski, le conseiller à la sécurité nationale du président Carter, et cela a affecté «notre capacité à affronter efficacement les véritables défis auxquels nous confronte le terrorisme».

Obama a fait campagne contre l'utilisation que Bush faisait de la terreur pour justifier sa politique. Cela ne l'empêche pas d'utiliser à son tour un vocabulaire exagéré pour évoquer la gravité des enjeux économiques. Tous deux s'inspirent peut-être de Roosevelt, président démocrate qui a dû faire face à un bazar économique encore plus grave et qui a utilisé le thème de la guerre dans son discours d'investiture : «Je dois demander au Congrès de me laisser utiliser un instrument pour affronter la crise – de larges pouvoirs pour mener une guerre contre l'urgence, des pouvoirs aussi larges que ceux qui me seraient conférés si nous étions envahis par un ennemi étranger.»