Coronavirus : Comment l’Italie réussit à contenir la seconde vague de l’épidémie

CRISE SANITAIRE Depuis le début du mois de septembre, l’Italie enregistre cinq fois moins de cas de contamination par jour que la France et l’Espagne

Manon Aublanc

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Le coronavirus a fait de nombreuses victimes en Italie
Le coronavirus a fait de nombreuses victimes en Italie — Antonio Calanni/AP/SIPA
  • L’Europe affronte, depuis le début du mois de septembre, la seconde vague de l’épidémie de coronavirus, qui a déjà fait plus d’un million de morts dans le monde.
  • Si l’Italie a été l’un des pays européens les plus touchés lors de la première vague, c’est désormais celui qui s’en sort le mieux avec moins de 2.000 cas de contamination par jour, contre 10.000 en moyenne en France et en Espagne.
  • Mesures de restrictions, stratégie de tests plus efficace, population traumatisée… « 20 Minutes » fait le point sur l’exception italienne.

Si l’Europe affronte actuellement la seconde vague de l’épidémie de coronavirus, l’Italie, elle, fait figure d’exception, avec moins de 2.000 cas quotidiens de contamination, grâce à des mesures strictes mises en place depuis plusieurs mois et saluées par l’OMS la semaine dernière.

« L’Italie a été le premier pays occidental à être fortement touché par le Covid-19. Le gouvernement et la communauté, à tous les niveaux, ont été à la hauteur et ont inversé la trajectoire de l’épidémie avec une série de mesures basées sur des données scientifiques », a indiqué l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), ce vendredi, sur son compte Twitter.

Premier pays touché, premier pays à réagir

Bien que très durement touchée lors de la première vague de l’épidémie de coronavirus, la péninsule semble tirer son épingle du jeu ces dernières semaines. Alors que la France ( 8.051 cas ces dernières 24 heures​) et l’Espagne (10.799) enregistrent, en moyenne, près de 10.000 cas quotidiens de contamination depuis début septembre, en Italie, le nombre de contagions quotidiennes reste assez bas.

Comment expliquer cette spécificité italienne ? Selon les spécialistes, les mesures strictes prises par le gouvernement italien ont permis de contenir la circulation du virus. « L’épidémie a frappé plus tôt l’Italie, qui a été très sensibilisée à ce problème et a mis en place immédiatement un plan de confinement très sévère. L’Italie a été le premier pays européen à mettre en œuvre une fermeture totale qui a duré plusieurs semaines (…) et nous en bénéficions encore », a expliqué le professeur Massimo Andreoni, infectiologue de renom à l’hôpital romain de Tor Vergata à l’AFP, mettant en avant « la réouverture très progressive et très lente du pays, qui n’est même pas encore finie ».

Des restrictions réimposées

« Le gouvernement n’a pas hésité à réinstaurer des restrictions qui avaient été levées. Et depuis le déconfinement, nombreux sont les Italiens qui continuent à respecter les mesures mises en place pendant le confinement », a détaillé Ludmila Acone, chercheuse à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, spécialiste de l’Italie contemporaine, auprès de 20 Minutes. Et pour cause, les stades n’ont toujours pas rouvert, les discothèques ont été de nouveau fermées en août, les bars et les restaurants fonctionnent avec des mesures très sévères et l’école n’a repris que le 14 septembre, soit quinze jours après la France. Depuis le 16 août, le port du masque est désormais obligatoire dans tous les lieux publics italiens où la « formation de groupes » peut survenir, de 18 heures à 6 heures du matin. Ce dispositif a même été renforcé dans certaines régions, comme la Campanie et la ville de Gênes, où le masque est obligatoire partout depuis le 24 septembre.

L’autre atout de l’Italie, ce sont les tests. Si la péninsule teste moins que la France - 120.000 tests par jour en Italie contre 180.000 dans l’Hexagone – sa stratégie semble plus efficace. En Italie, la population peut se faire dépister avec des tests PCR, mais également avec des tests antigéniques et sérologiques. Si ces deux dernières méthodes sont moins fiables, elles permettent néanmoins d’avoir des résultats en trente minutes et donc, d’isoler beaucoup plus rapidement les personnes contaminées. « Le pays est géré par province, et c’est un avantage pour eux car ils peuvent tracer les cas beaucoup plus facilement, province par province », a ajouté Carine Milcent, chercheuse du CNRS et spécialiste des systèmes de santé auprès de 20 Minutes.

Une population traumatisée

Et si l’Italie a réussi à contenir la propagation du virus, c’est aussi parce que sa population a respecté les instructions à la lettre. « On a souvent dit que les Italiens sont indisciplinés, mais ce n’est pas vrai. Il y a un sens civique très important en Italie. Les restrictions ont été appliquées et respectées », a justifié Ludmila Acone, ajoutant que « la population elle-même était très demandeuse de ces mesures ». La spécialiste de l’Italie pointe également du doigt le traumatisme de la première vague de l’épidémie : « En Italie, le choc a été immense. Les Italiens ont tous en mémoire les images de l’armée qui envoie des convois pour évacuer les cadavres. Ils ne veulent pas revivre ça. »

Pour le médecin et universitaire italien Walter Ricciardi, ancien représentant à l’OMS, c’est « l’alignement immédiat et rigoureux, voire disciplinaire, de la très grande majorité des citoyens italiens » qui a permis au pays d’éviter une seconde vague dramatique. « Je sais que l’Italie n’a pas une image de pays rigoureux. Mais cette idée reçue sous-estime un élément essentiel : dans les situations d’urgence nos concitoyens ont prouvé qu’ils savaient affronter les problèmes avec fermeté et un certain sens du sacrifice », a-t-il expliqué à nos confrères de L’Obs.

L’épidémie est loin d’être terminée en Italie. « Il faudra regarder les chiffres dans plusieurs semaines, notamment après la reprise de l’école », a prévenu Ludmila Acone. La rentrée scolaire étant décalée en Italie, il faudra encore attendre plusieurs semaines pour voir si la péninsule réussit à maintenir une faible circulation du virus ou si elle atteindra finalement un bilan semblable à celui de ses voisins français et espagnols.