Ces bavures qui commencent à saper l'offensive israélienne

GAZA Le bombardement d'une école gérée par l'ONU mardi, la mort de deux employés humanitaires sous contrat avec les Nations unies jeudi, le massacre de 30 personnes après le pilonnage d'une maison pleine de réfugiés dévoilé ce vendredi... Les accusations graves se multiplient contre Tsahal...

M. Gr.

— 

Dans ce qu'elle a qualifié "de l'un des plus graves incidents" depuis le début de l'offensive, l'Office de l'ONU pour la coordination humanitaire, citant des témoins, a affirmé que l'armée avait tué 30 civils le 5 janvier.
Dans ce qu'elle a qualifié "de l'un des plus graves incidents" depuis le début de l'offensive, l'Office de l'ONU pour la coordination humanitaire, citant des témoins, a affirmé que l'armée avait tué 30 civils le 5 janvier. — Mahmud Hams AFP

Samedi 3 janvier, 110 Palestiniens de Gaza ville, dont une bonne moitié d’enfants, ont suivi les conseils de l’infanterie israélienne, qui les a regroupés dans une grande maison du quartier populaire de Zeitoun. Le lendemain, peu après le début de l’offensive terrestre, cette même maison était la cible d’un intense pilonnage de l’armée israélienne. Trente des 110 réfugiés sont morts.

«C’est l’un des plus graves incidents depuis le début des opérations». L’assertion, de l’OCHA, qui coordonne les actions humanitaires de l’ONU à Gaza, est extrêmement sérieuse. La tension monte entre les Nations unies et l’Etat hébreu, accusé de bavures à répétition.

Un responsable israélien: «Les dates avancées ne collent pas»

L’OCHA n’accuse pas Israël d’avoir délibérément ciblé cet immeuble de Zeitoun, ce qui constituerait un crime de guerre. Mais il a demandé une enquête. La porte-parole de l’armée israélienne Avital Leibovitz a déclaré qu’elle n’avait «pour l’instant aucune information sur cet incident. Nous avons entamé des recherches, mais nous n’avons aucun retour pour l’instant.» D’autres responsables militaires, à mot couvert, réfute l’idée que Tsahal ait pu forcer des Gazaouis à passer d’un bâtiment à un autre.

«De plus, les dates avancées ne collent pas, avance un haut responsable au site israélien Ynetnews.com. Les soldats de l’infanterie n’ont pu atteindre l’immeuble en question 24 heures avant le drame, l’offensive terrestre n’avait pas commencé». Une chaîne de télévision israélienne explique que les hôpitaux de Gaza interrogés n’ont pas eu connaissance de ce massacre.

L’ONU n’en démord pas. Elle se base notamment sur le témoignage de Wael Samouni, un père qui a perdu neuf membres de sa famille et trois enfants dans le bombardement. Samouni assure que des dizaines de personnes se sont abritées dans la maison après ordre des Israéliens.

«Les survivants capables de se mouvoir ont marché deux kilomètres jusqu’à la route Salah Ed Din avant d’être transportés dans des véhicules civils», explique l’ONU.

Une semaine sanglante

L’armée israélienne est dans le viseur après une semaine particulièrement sanglante pour les civils palestiniens. Mardi, Israël a bombardé une école gérée par l’ONU dans le village de Jebaliya (nord de Gaza), tuant 42 personnes. L’armée israélienne s’est d’abord défendue en expliquant que «le Hamas a cyniquement utilisé cette école où étaient refugiés des civils comme un endroit pour tirer sur l’armée israélienne».

Mais Christopher Gunness, porte-parole de l’agence de l’ONU chargée de l’assistance aux réfugiés palestiniens (UNRWA), a expliqué ce vendredi au journal israélien «Haaretz» que l’armée a concédé des erreurs. «Dans les briefings destinés aux diplomates étrangers, des hauts responsables militaires ont admis que les tirs auxquels les forces israéliennes ont répondu à Jebaliya ne provenaient pas de l’école.» Il ajoute: «L’armée a admis dans son briefing que cette attaque sur un site de l’ONU n’était pas intentionnelle.»

Christopher Gunness est également revenu ce vendredi sur la mort, jeudi, de deux chauffeurs sous contrat avec l’UNRWA. Leur véhicule a été criblé de balles par des soldats de Tsahal au point d’entrée d’Erez. Ce drame a entraîné la suspension immédiate de l’activité humanitaire de l’UNRWA. «Elle ne reprendra pas tant que nous n’aurons pas la garantie qu’on ne tirera pas sur notre personnel. Les soldats israéliens ne doivent pas tirer sur nous», a lancé Gunness ce vendredi en fin d’après-midi.

Symboliquement, l’ONU a rappelé ce vendredi que 257 enfants étaient morts depuis le début de l’opération Plomb Durci, le 27 décembre. Près du tiers des pertes palestiniennes. Ce chiffre n’a pas ralenti les chenilles des chars israéliens. Mais conjugué à cette série de bavures et aux enquêtes à venir, il les fera peut-être dérailler bientôt.

>>> En raison des débordements racistes systématiques, nous nous voyons contraints de fermer les articles traitant des événements de Gaza aux commentaires. Merci de votre compréhension. Si vous avez des infos ou des témoignages intéressants, n'hésitez pas à les envoyer au 33320@ 20minutes.fr

Le comité international de la Croix-Rouge a déploré jeudi que l’Etat hébreu empêche l’accès des secouristes aux sites de Gaza touchés par les frappes de Tsahal, et bloque l’évacuation des blessés. Leur porte-parole Pierre Wettach a expliqué que les secouristes de la Croix Rouge n’ont pas eu la permission d’accéder aux sites pendant près de quatre jours, entre samedi et mercredi, ce que l’organisation juge extrêmement «choquant», et il a appelé à nouveau Israël à respecter le droit international humanitaire.