Présidentielle américaine : Interruptions, insultes, coups bas… Le duel Trump-Biden, « pire débat de l’histoire »

COMPTE RENDU Dans ce match de catch, personne n'est sorti vainqueur, mardi, ce qui fait les affaires de Joe Biden

Philippe Berry
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Joe Biden et Donald Trump leur de leur premier débat télévisé, le 29 septembre 2020.
Joe Biden et Donald Trump leur de leur premier débat télévisé, le 29 septembre 2020. — Photos Sipa

De notre correspondant aux Etats-Unis,

« Quand tu te bats avec un cochon, vous finissez tous les deux sales et le cochon aime ça. » Pour leur premier débat télévisé, mardi soir, Joe Biden et Donald Trump ont choisi d’ignorer ce célèbre dicton américain. Pendant 90 minutes chaotiques, on a assisté à un match fatigant, ponctué d’interruptions incessantes du président américain et de colères de Joe Biden, dont personne n’est sorti grandi. Ni vainqueur. Ce qui fait, sans doute, les affaires du candidat démocrate, qui compte six points d’avance sur son rival dans la course à la Maison Blanche, selon la moyenne des sondages.

Joe Biden et le modérateur poussés à bout par les interruptions de Donald Trump

Jamais dans un débat présidentiel, on n’avait entendu un candidat dire à l’autre de « la fermer ». Si Joe Biden s’est emporté, c’est que Donald Trump ne l’a, par moments, pas laissé en placer une, y compris lors des segments de deux minutes où chaque candidat était censé pouvoir parler sans interruption.

« Monsieur le président, arrêtez. » « Monsieur le président, stop »… Le modérateur, Chris Wallace, a rappelé le président américain à l’ordre une dizaine de fois. Jusqu’à s’énerver : « Je suis le modérateur, laissez-moi poser ma question ». Et alors que Donald Trump assure que Joe Biden ne fait pas mieux, Chris Wallace répond : « Non, vous l’interrompez bien plus souvent. »

​Insultes et attaques personnelles

Joe Biden a traité Donald Trump de « menteur » et de « clown », puis l’a accusé d’être « raciste » et le « caniche de Poutine ». Donald Trump, lui, a assuré qu’il n’y avait « rien d’intelligent » chez son adversaire et s’en est pris à de multiples reprises à son fils Hunter, dénonçant « les millions de dollars » qu’il aurait, assure-t-il, touchés en Ukraine, en Chine et en Russie. Mais le clash le plus violent est venu sur les déclarations qu’aurait tenues Donald Trump à propos des anciens combattants. « Mon fils a servi en Irak, ce n’était pas un loser », a tonné Biden, parlant de son fils Beau, décédé d’une tumeur au cerveau. Le coup bas de Trump fuse : « Vous voulez parler d’Hunter, qui a été viré de l'armée car il prenait de la cocaïne ? ». Réponse de Biden : « Mon fils avait un problème d’addiction qu’il a combattu. Je suis fier de lui. »

​Joe Biden peine à mettre Donald Trump en difficulté, même sur le Covid-19

Sur le fond, le candidat démocrate a appuyé là où ça fait mal, avec le coronavirus et ses 200.000 morts aux Etats-Unis, ainsi que sur la crise économique symbolisée par les 28.000 suppressions d’emplois chez Disney. Mais comme à son habitude, Joe Biden, qui bégayait enfant, a souvent buté sur ses mots ou perdu le fil de sa pensée. Il a bien accusé Donald Trump d’avoir « été au courant dès février » de la dangerosité du Covid-19 et de l’avoir « caché » aux Américains, mais il n’a jamais réussi à déstabiliser le locataire de la Maison Blanche.

Donald Trump refuse de condamner les suprémacistes blancs

Le modérateur a demandé au président américain s’il était prêt à dénoncer clairement les suprémacistes blancs – ce qu’il n’avait pas fait après le drame de Charlottesville – et à dire aux miliciens armés de ne pas jeter de l’huile sur le feu dans les manifestations contre le racisme. « Absolument, je suis prêt à le faire, mais presque tout ce que je vois vient de l’extrême gauche », commence Donald Trump. Pressé par Chris Wallace, il fait une concession, demandant au groupe d'extrême droite « Proud Boys » de « faire preuve de retenue ». Le président américain a refusé de s’engager à accepter les résultats de l’élection, insistant sur le risque de fraude du vote par correspondance, l’assurant : « Il pourrait falloir des semaines ou des mois avant de connaître les résultats. »

Un match nul qui fait les affaires de Biden

« On a assisté au pire débat présidentiel de l’histoire », estime pour 20 Minutes Todd Graham, « debate coach » à l’université Southern Illinois. L’ancien porte-parole du parti républicain, Doug Heye, acquiesce : « C’était un match nul très sale, et rien dans ce débat ne va fondamentalement changer la donne ». Selon lui, cela fait les affaires de Joe Biden « car Donald Trump avait besoin d’une victoire nette ». Rendez-vous pour le deuxième round dans deux semaines.