Sénégal : La ville de Saint-Louis débaptise une place qui porte le nom d’un colonisateur français

HISTOIRE La place Faidherbe, du nom d’un militaire français, a été rebaptisée en langue wolof

20 Minutes avec AFP

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La ville de Saint-Louis, au Sénégal.
La ville de Saint-Louis, au Sénégal. — Jana Cavojska / SOPA Images/Sipa/SIPA

A Saint-Louis, au Sénégal, la place Faidherbe n’est plus. Le conseil municipal a décidé de la débaptiser car elle porte le nom d’une figure de l’entreprise coloniale française en Afrique de l’Ouest. La ville l’a déjà renommée, avec un nom en wolof, la langue la plus parlée du pays.

La place, au cœur de l’ancienne capitale de l’Afrique occidentale française puis du Sénégal, portera désormais le nom de « Baya Ndar », a indiqué Rahma Sy, la directrice de cabinet du maire de Saint-Louis, Mansour Faye. Baya est dérivé du mot wolof « bayaal », qui veut dire « place publique, carrefour ». Ndar est le nom local de Saint-Louis, qui fut le premier établissement fondé au sud du Sahara par la France au XVIIe siècle.

Un débat ravivé par la mort de George Floyd

Louis Léon César Faidherbe est honoré en France comme une figure militaire qui a préservé le nord du pays de l’invasion prussienne lors de la guerre de 1870-1871. Au Sénégal, il est connu comme celui qui mena l’entreprise coloniale française en tant que gouverneur dans les années 1850 et 1860.

Le débat sur la persistance des références à l’époque coloniale a été ravivé au Sénégal, comme dans d’autres pays, par la mort de l’Afro-Américain George Floyd et les manifestations qu’elle a provoquées à travers le monde. « La débaptisation de la place Faidherbe » aura une « portée historique », a estimé samedi le maire de Saint-Louis, ville classée au patrimoine de l’humanité par l’Unesco.

Le sort de la statue n’est pas encore tranché

Le nom de « Baya Ndar » s’est imposé naturellement lors des travaux d’une commission qui a également examiné la possibilité de donner à la place le nom d’une personne ou d’un événement historique, a dit Mansour Faye, selon des propos diffusés sur Internet. « Nos grands-pères, nos grands-mères, disaient : " On va à la place Baya " », a-t-il souligné.

Le sort de la statue du général Faidherbe, érigée en 1891 et déplacée début janvier pour rénover la place, sera évoqué « ultérieurement », a précisé le maire. Les détracteurs de Faidherbe dénoncent en lui un conquérant colonial, responsable d’exactions contre les populations civiles. Si, après concertations, « le conseil décide du déplacement de cette statue, on le fera. Si les populations décident que la statue va rester, naturellement, elle restera », a-t-il dit.