Qui sont les Ouïghours, la minorité musulmane de Chine ?

PERSECUTION Depuis plusieurs années, la Chine détiendrait au moins un million de Ouïghours dans des camps

Paul Blin Kernivinen

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Qui sont les Ouïghours, la minorité musulmane de Chine? — 20 Minutes

« Lavage de cerveau », stérilisation forcée, tortures physiques, viols en réunions, ou encore travail forcé. Voici les témoignages que récoltent les associations de défense des droits de l’Homme auprès de rescapés ouïghours détenus dans des camps chinois.

Ce peuple turcophone à majorité musulmane est installé dans le nord-ouest de la Chine depuis 1.000 ans. En 1949, la République populaire de Chine annexe ce territoire et le renomme Xinjiang, littéralement « nouvelles frontières », provoquant de nombreuses tensions entre les Ouïghours et le gouvernement. En 2014, une série d’attentats sont commis par des terroristes ouïghours dans la province du Xinjiang. Xi Jinping, élu à la tête du pays depuis un an, décide alors de durcir sa politique de répression contre le terrorisme et l’islamisme.

Camps d’internement

Dès 2014, plusieurs dizaines de Ouïghours, soupçonnés d’être radicalisés, sont enfermées dans des camps d’internements. Dans des documents secrets, publiés par le I, Xi Jinping déclare : « Nous devons utiliser les outils de la dictature populaire pour éliminer l’islam radical dans la province du Xinjiang ». En 2018, un rapport de l’ONU estime qu’un million de personnes seraient enfermées dans les camps. De son côté, Pékin nie l’existence de ses camps et parle de « centres de formation professionnelle » pour lutter contre la radicalisation.

Un territoire au cœur d’enjeux géopolitiques

Pour Dilnur Reyhan, docteure en sociologie et présidente de l’Institut Ouïghour d’Europe, cette lutte contre l’islamisme radical n’est qu’un prétexte. En enfermant les Ouïghours dans ces camps, le gouvernement chinois veut « en finir avec cette population culturellement, linguistiquement, historiquement, très différente de la majorité de la Chine, c’est-à-dire les Chinois Han ». Selon la sociologue, le but de cette manœuvre est « de siniser totalement ce pays qui est au cœur des enjeux géopolitiques, et plus particulièrement de la nouvelle route de la soie ».

Ce projet pharaonique, lancé par Xi Jinping en 2013, a pour but de développer les échanges commerciaux entre la Chine et le reste du monde, en passant notamment par la province du Xinjiang.

L’UE dénonce « des pratiques effroyables »

En juin 2020, à la suite de la publication d’un rapport, réalisé par un chercheur allemand rapportant des stérilisations forcées auxquels seraient soumis les Ouïghours, l’Union Européenne a haussé le ton. « Si elles sont avérées, des pratiques aussi effroyables constitueraient de graves violations des droits de l’Homme », a déclaré Virginie Battu-Henriksson, porte-parole du chef de la diplomatie européenne Josep Borrell, lors d’un point presse à Bruxelles. Avant d’ajouter : « Nous réitérons notre demande à la Chine de permettre un accès et un environnement propice pour des visites d’observateurs indépendants en vue d’une évaluation indépendante, objective, impartiale et transparente de ces questions qui sont une source de préoccupation majeure ».

Mais pour Dilnur Reyhan, qui a récolté de nombreux témoignages corroborant les affirmations de stérilisations forcées, la réaction de l’Union européenne n’est pas suffisante. Selon la présidente de l’Institut Ouïghour d’Europe, « l’Union Européenne qui est le premier partenaire commercial de la Chine, a largement les moyens de mettre la pression sur Pékin. Elle pourrait, à l’instar des Etats-Unis, prendre des sanctions économiques, car les paroles n’ont aucun effet sur le gouvernement chinois ».