Mort de Breonna Taylor : Colère à Louisville après une décision de justice controversée, deux policiers blessés par balles

BLACK LIVES MATTER Un seul policier a été inculpé, mercredi, mais pas pour l'homicide de cette jeune infirmière afro-américaine abattue chez elle par les forces de l'ordre en mars dernier

Philippe Berry

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Des policiers à Louisville le 23 septembre 2020, après l'annonce d'une décision judiciaire controversée liée à la mort de Breonna Taylor.
Des policiers à Louisville le 23 septembre 2020, après l'annonce d'une décision judiciaire controversée liée à la mort de Breonna Taylor. — John Minchillo/AP/SIPA

La décision a remis le feu aux poudres. Un ex-policier américain a été inculpé par un grand jury, mercredi, pour « mise en danger de la vie d’autrui » après la mort Breonna Taylor, une jeune infirmière afro-américaine abattue chez elle au printemps dernier lors d’une intervention controversée des forces de l’ordre. Mais l’absence de chef d’inculpation pour homicide a ravivé la colère à Louisville, où des manifestations entachées de violences ont éclaté mercredi. Deux policiers ont été blessés par balles, et un suspect a été interpellé.

Passible de 1 à 5 ans de prison, la charge qui vise Brett Hankison n’est pas directement liée à la mort de Breonna Taylor : le policier a été inculpé pour avoir tiré sur l’appartement de voisins. Aucune charge n’a été retenue contre les deux autres policiers.

« Trois charges de mise en danger de la vie d’autrui pour des balles tirées sur d’autres appartements mais RIEN pour le meurtre de Breonna Taylor. C’est honteux et scandaleux », a réagi l’avocat de la famille, Ben Crump.

Deux policiers blessés, colère dans plusieurs villes

Alors que des manifestations se déroulaient dans le calme, elles ont dégénéré dans la soirée. « Deux agents de police ont été blessés par balle. Ils sont en train d’être soignés à l’hôpital University », a indiqué le chef de la police de Louisville, Robert Schroeder. Selon lui, leur état est stable et leur vie n’est pas en danger. Craignant de possibles débordements, le maire de Louisville avait décrété l’état d’urgence et imposé un couvre-feu à partir de 21 heures dans le centre-ville.

Une manifestante à Louisville, dans le Kentucky, le 23 septembre 2020 après une décision judiciaire controversée liée à la mort de Breonna Taylor.
Une manifestante à Louisville, dans le Kentucky, le 23 septembre 2020 après une décision judiciaire controversée liée à la mort de Breonna Taylor. - John Minchillo/AP/SIPA

Des manifestations spontanées ont éclaté dans de nombreuses villes américaines. A New York, Washington ou Chicago, des milliers de personnes ont scandé « Say her name. Breonna Taylor ! » (Criez son nom).

Réactions indignées des sportifs et des démocrates

Cette décision judiciaire a suscité l’indignation de nombreux sports afro-américains. Le basketteur LeBron James s’est dit « anéanti mais pas surpris ». Colin Kaepernick, l’activiste du football américain, a, lui, appelé à « abolir l’institution suprémaciste blanche qui a pris la vie » de Breonna Taylor.

A six semaines de la présidentielle, de nombreux leaders politiques ont réagi. Le démocrate Bernie Sanders a dénoncé une « décision honteuse ». Joe Biden, lui, a dit « comprendre la frustration » mais a appelé au calme. De son côté, Donald Trump a déclaré « prier » pour les deux policiers blessés.

Avec le nom de George Floyd, celui de Breonna Taylor a été l’un des plus scandés tout l’été par les manifestants du mouvement Black Lives Matter, qui dénoncent le racisme et les violences policières aux Etats-Unis. Elle a été abattue en pleine nuit, chez elle, quand la police a défoncé la porte de son appartement dans le cadre d’une enquête sur un trafic de drogue impliquant son ex-petit ami. Les policiers disposaient d’un mandat dit « no knock » les autorisant à entrer sans frapper. Les forces de l’ordre affirment avoir frappé et crié « police », ce que conteste le compagnon de Breonna Taylor. Croyant avoir affaire à des cambrioleurs, il a ouvert le feu, et les policiers ont riposté d’une vingtaine de balles, tuant sur le coup Breonna Taylor. La semaine dernière, la ville a annoncé qu’elle allait verser 12 millions de dollars à la famille de la jeune femme, ce qui met fin aux poursuites au civil, mais pas au pénal.