Chine : L’objectif de la neutralité carbone en 2060 est-il réaliste ?

EMISSIONS Mardi, la Chine s’est engagée à atteindre la neutralité carbone d’ici à 2060

20 Minutes avec AFP

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Pékin, le 18 janvier 2020.
Pékin, le 18 janvier 2020. — NICOLAS ASFOURI / AFP

Le premier pollueur du monde pourra-t-il tenir son objectif ? Si la Chine a créé la surprise, ce mardi, en s’engageant à la neutralité carbone d’ici 2060, de nombreuses questions restent en suspens.

Responsable de plus d’un quart des émissions mondiales de gaz à effet de serre, la Chine est un acteur incontournable de l’accord de Paris sur le climat et aussi celui qui investit le plus dans les énergies renouvelables. Petit état des lieux sur les forces et faiblesses de la Chine en matière climatique.

Qu’a promis la Chine ?

L’annonce surprise a été faite par le président chinois Xi Jinping dans un discours à l’Assemblée générale de l’ONU. L’homme fort de Pékin a assuré que son pays avait pour objectif de « commencer à faire baisser les émissions de CO2 avant 2030 » et atteindre « la neutralité carbone d’ici 2060 ». La Chine est le plus gros pollueur mondial, devant les Etats-Unis, et c’est la première fois qu’elle fixe un objectif aussi ambitieux. Mais le président chinois n’a donné aucun détail.

Son pays a largement bâti sa croissance à partir des énergies fossiles. Et le pays continue d’ailleurs de construire chaque année de nouvelles centrales électriques à charbon, très polluantes. La notion même de neutralité carbone n’a pas été étayée par Xi Jinping. Ses propos sont donc sujets « à toutes les interprétations », estime Lauri Myllyvirta, analyste pour le Centre de recherche sur l’énergie et l’air pur (CREA), basé en Finlande. Et l’expert de relever qu’avant le pic d’émissions de 2030, la Chine a « encore une décennie » pour mettre davantage de centrales polluantes en service.

Quelle place a le charbon ?

Le charbon a été le moteur de l’essor économique phénoménal de la Chine. Sa consommation annuelle a presque quadruplé entre 1990 et 2015, pour représenter 70 % de la consommation énergétique du pays. Les dirigeants chinois ont certes réduit depuis cette dépendance au charbon (moins de 60 % aujourd’hui).

Mais comme la consommation énergétique totale a augmenté, celle du charbon a mathématiquement progressé (+1 % l’an dernier, selon le Bureau national des statistiques). Les capacités de production en charbon, en construction ou en projet, de la Chine représentent près de 250 gigawatts. C’est-à-dire plus que la production actuelle des Etats-Unis ou de l’Inde, selon le CREA.

Quid des énergies renouvelables ?

La Chine est le pays qui investit le plus au monde dans les énergies renouvelables. Mais les combustibles non fossiles ne représentent qu’environ 15 % de la consommation énergétique. Les éoliennes et l’énergie solaire sont encore une goutte d’eau dans la production d’électricité du pays. En 2018, elles n’ont assuré que 7,7 % des besoins énergétiques de la Chine, selon Kevin Tu, chercheur au Center on Global Energy Policy de l’université de Columbia aux Etats-Unis.

Les investissements dans de nouvelles installations éoliennes et solaires sont par ailleurs en baisse depuis dix-huit mois. Et des problèmes logistiques sont parfois un frein aux énormes ambitions en matière d’énergies renouvelables du pays. L’immense région du Xinjiang (nord-ouest), qui fournit en Chine la majorité de l’énergie éolienne, a ainsi annulé au premier semestre une trentaine de projets « faute de pouvoir les raccorder » au réseau électrique, selon le gouvernement local.

2060, est-ce réaliste ?

« L’industrie des énergies renouvelables en Chine est la plus importante (au monde), le pays est aussi celui qui investit le plus dans ce secteur et il dispose de la plus grande base industrielle, alors c’est éminemment réalisable », affirme Lauri Myllyvirta. Reste à savoir si les dirigeants chinois auront la volonté politique de remettre en question les fondements de l’économie. Le voile devrait être en partie levé l’an prochain au moment de la publication du futur plan quinquennal. Dans la pure tradition communiste, c’est lui qui fixe les grandes orientations du pays.

Mais Pékin participe aussi au financement de près de 240 projets de centrales à charbon dans le monde, selon les données de Endcoal, une ONG environnementale. De quoi vider de leur substance ses efforts pour se détourner des énergies polluantes. Pour l’heure, l’objectif de 2060 « ressemble un peu à de la science-fiction », estime le responsable du climat et de l’énergie à Greenpeace Chine, Li Shuo, pour qui des « investissements sans précédent » seront nécessaires.