Gaza: le cessez-le-feu de trois heures, premier signe d'une trêve durable?

PROCHE-ORIENT La proposition franco-égyptienne semble avoir été entendue par Israël…

Catherine Fournier

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L'aide humanitaire a pu être acheminée pendant le premier cessez-le-feu de trois heures ce mercredi 7 janvier 2009 à Gaza. 
L'aide humanitaire a pu être acheminée pendant le premier cessez-le-feu de trois heures ce mercredi 7 janvier 2009 à Gaza.  — REUTERS/Mohammed Salem

Les efforts diplomatiques déployés ces deux derniers jours au Proche-Orient n’auront finalement pas été infructueux. A l’issue de la deuxième visite, imprévue, de Nicolas Sarkozy en Egypte, Le Caire a mis sur la table un plan de sortie de crise en trois points, élaboré en étroite coopération avec la France. Premier effet: un cessez-le-feu de trois heures, qui a commencé ce mercredi à 13h (heure locale, midi à Paris). 20minutes.fr analyse la portée de cette décision, avec Frédéric Encel, professeur à Sciences-Po et à l’école supérieure de gestion de Paris et auteur d’un «Atlas géopolitique d’Israël» (Ed. Autrement).

Pourquoi un cessez-le-feu de trois heures?
Cette solution intermédiaire permet aux convois humanitaires de passer en plus grand nombre dans la bande de Gaza et donc d’apporter plus de vivres et de médicaments. Les Gazaouis, réfugiés chez eux, vont également pouvoir sortir chercher ces approvisionnements. La situation humanitaire, déjà critique avec le blocus imposé par Israël depuis la prise du pouvoir par le Hamas à l’été 2006, est devenue particulièrement inquiétante depuis le début de l’offensive, selon les ONG sur place.

En ce qui concerne l’opération militaire israélienne, «ce ne sont pas trois heures de moins qui empêcheront Tsahal de poursuivre son premier but de guerre, à savoir détruire les capacités offensives du Hamas», explique Frédéric Encel.

Qu’est-ce qui a été mis en échange sur la table?
La sécurisation des 15 kilomètres de frontière entre la bande de Gaza et l’Egypte, afin de mettre fin à la contrebande d’armes via des tunnels. C’est ce qu’Israël demandait depuis longtemps. Son «deuxième but de guerre pourrait ainsi être atteint», selon Frédéric Encel: éviter que le Hamas ne se réapprovisionne via l’Egypte. Selon le spécialiste, «Hosni Moubarak (le président égyptien, ndlr) a fini par céder à cette exigence car il n’a plus tellement le choix. Il est en fin de règne, sa population bouillonne et une situation aussi explosive à deux pas de sa frontière est dangereuse».

De l’avis de Barah Mikhaïl, spécialiste du Moyen-Orient à l’Iris, «l’Egypte n’acceptera toutefois pas la présence d’une force d’interposition internationale sur son territoire». Comment dès lors imposer cette présence du côté de la bande de Gaza? Qui va négocier avec qui? Autant de questions qui restent ouvertes. L’Egypte a en tout cas invité le Fatah (Autorité palestinienne) et le Hamas à reprendre des pourparlers de réconciliation.

Le rôle de Nicolas Sarkozy a-t-il été important?
«Oui», selon Frédéric Encel, qui rappelle que «pas un président français ne s’était déplacé au Proche-Orient en temps de crise avec la volonté d’apporter une solution». Un activisme sur la forme, dont Nicolas Sarkozy est coutumier, accompagné de déclarations sur le fond très dures envers le Hamas. «Là encore, aucun président français ne se serait permis de tenir ses propos. Cela permet à Nicolas Sarkozy d’être audible par Israël», estime Frédéric Encel. D’autant que le chef de l’Etat français vient de quitter la présidence de l’Union européenne, «qui n’a jamais été autant pro-israélienne», de l’avis du spécialiste. Enfin, le contexte était favorable à une intervention française, avec l’absence des Etats-Unis en ce moment.

Le cessez-le-feu est-il un premier pas vers une trêve?
La présidence française estime qu'«il pourrait y avoir un accord sous quatre à cinq jours sur l’imperméabilité des frontières»: selon la proposition égyptienne, en échange de la sécurisation des frontières, Israël et l’Egypte ouvriraient les points de passage prévus aux termes de l’accord de 2005 consécutif au retrait israélien de la bande de Gaza. Paris indique ensuite que «cela pourrait conduire à un retrait sous huit jours» de l’armée israélienne de la bande de Gaza. «Si Israël est parvenu à détruire les stocks d’armes du Hamas et qu’il a la garantie que le mouvement ne pourra plus se réapprovisionner via l’Egypte, pourquoi pas», estime Frédéric Encel. Israël s’est d’ailleurs dit favorable à l’initiative de l’Egypte ce mercredi, selon un porte-parole de la présidence du Conseil.

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