Fuite de bactérie en Chine : Mais comment sécurise-t-on les laboratoires ?

RISQUES SANITAIRES La fuite d’une bactérie d’un laboratoire chinois a contaminé plus de 3.000 personnes en 2019. Mais comment sont sécurisés les laboratoires pour éviter ce genre de situation ?

Jean-Loup Delmas

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Ville de Lanzhou, illustration
Ville de Lanzhou, illustration — CHINE NOUVELLE/SIPA
  • En 2019, une bactérie s’échappe d’un laboratoire chinois à Lanzhou. Elle contaminera près de 3.500 personnes.
  • L’information vient d’être officialisée cette semaine, après que les autorités chinoises ont voulu masquer les faits.
  • Concrètement, comment sont protégés les laboratoires manipulant des maladies et que s’est-il passé à Lanzhou ?

Plus de 3.200 personnes ont été contaminées en Chine après la fuite d’une bactérie, la brucellose, d’une usine biopharmaceutique de Lanzhou, produisant des vaccins pour les animaux. Les faits, qui remontent à l’année passée, viennent d’être révélés par un média local, après que les autorités chinoises ont longtemps masqué l’incident.

La brucellose n’est pas contagieuse entre humains. Aucun cas de transmission n’a été constaté, ont d’ailleurs rappelé les autorités sanitaires. Tout juste la bactérie peut-elle faire apparaître des fièvres et des douleurs articulaires. Si l’on va éviter de se fader une deuxième pandémie mondiale, une question se pose toutefois : comment les laboratoires sont-ils sécurisés et le sont-ils suffisamment ?

Tous les laboratoires sont-ils sécurisés de la même manière ?

Les laboratoires sont triés par catégories selon la nature des maladies qu’ils étudient, nous informe Carine Milcent, chercheuse au CNRS et spécialiste des systèmes de santé, de la Chine et de l’économie de la santé. Le classement ? De P1 à P4 (P pour pathogène de classe), P4 étant le niveau absolu sous-entendant la manipulation d’agents pathogènes ou de germes de maladies extrêmement létales et ne possédant pas de vaccination efficace, telles qu’ Ebola.

C’est le Centre de prévention et de contrôle des maladies des Etats-Unis qui classe les maladies selon leurs différents niveaux de risques. Et les niveaux de sécurité des laboratoires dépendent donc de cette classification. On vous entend d’ici poser la question, alors signalons que les coronavirus de tout type sont tous de la famille P3.

Alors, comment s’adaptent les laboratoires ?

    « Pour un P4, le niveau de sécurité est comparable à celui d’une centrale nucléaire, ce sont des bijoux de technologies, qui ont un coût extrêmement important, indique Carine Milcent. Tous les pays ne peuvent pas en posséder au vu de leur complexité et des dépenses liées. » Les P4 sont tellement exigeants et techniques qu’ils demandent souvent une expertise et une collaboration internationales. Des chercheurs étrangers qui garantissent notamment que le pays se plie aux normes. P3 et P4 sont logés internationalement à la même enseigne et doivent suivre les mêmes normes de sécurité.

    Dans un P4, les personnes accréditées doivent prendre une douche en entrant et en sortant, revêtir un scaphandre, ne jamais rentrer seul dans le laboratoire, être continuellement filmé, etc. Enfin, rares sont les P4, ce qui assure statistiquement d’avoir moins de risques. « Il y a beaucoup plus de laboratoires P1 et P2 dans le monde, et beaucoup moins de normes contraignantes, même si évidemment elles existent, renseigne Carine Milcent. Les chances sont donc plus fortes qu’il y ait une fuite, mais les conséquences seront beaucoup moins catastrophiques. »

    Que s’est-il passé en Chine ?

    A Lanzhou, le coupable de la fuite a été identifié : selon les autorités sanitaires chinoises, il s’agit d’un désinfectant périmé, utilisé lors de la production des vaccins anti-brucellose (destinés aux animaux). La stérilisation s’est mal faite et des gaz contenant encore la bactérie ont été rejetés de l’entreprise, contaminant peu à peu un laboratoire vétérinaire situé tout à côté. La brucellose se trasmettant via les animaux, cela explique les 3.245 contaminations. « On a beau être sécurisé au maximum, on n’est jamais à l’abri d’un accident », souligne Carine Milcent, qui prend une fois de plus l’exemple des centrales nucléaires.