La guerre du gaz fuite vers l'Europe

Armelle Le Goff

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La Russie et l'Ukraine rejouent la guerre du gaz. Premier acte : la fermeture des robinets par Moscou. Deuxième acte, une Union européenne en panne de chauffage ? Pas si sûr, et sans doute pas tout de suite. Explications.

Non. « Depuis 2006, au sein de l'UE, la France et l'Italie notamment ont diversifié leurs approvisionnements et accumulé des stocks assez importants pour ne pas souffrir de cette crise », explique Gaïdz Minassian, chercheur rattaché à l'université Paris-X-Nanterre et auteur de Caucase du Sud, la nouvelle guerre froide (éd. Autrement). « Il n'y a aucune inquiétude à avoir sur l'approvisionnement des consommateurs », a affirmé hier le PDG de GDF Suez, Gérard Mestrallet. Le gaz russe, dont le conflit russo-ukrainien a entraîné une chute des livraisons de plus de 70 %, représenterait moins de 15 % en termes d'approvisionnement pour l'ensemble du groupe. Une part trop faible pour risquer une pénurie ou une hausse soudaine des prix du gaz, qui restent fixés par les pouvoirs publics en fonction du cours du baril.

C'est possible. Un quart du gaz consommé dans l'UE est acheté à la Russie et passe pour l'essentiel par l'Ukraine. Mais en l'absence de politique énergétique commune, chaque Etat gère ses sources d'approvisionnement. Leur dépendance vis-à-vis du gaz russe est donc variable. Ainsi, l'Autriche, la Bulgarie, la Grèce, la Hongrie, la Roumanie et la République tchèque ont constaté hier des baisses, voire des arrêts, de leurs importations. Egalement touchés, hors de l'UE, les pays des Balkans, notamment la Croatie, la Bosnie, la Macédoine et la Serbie, ainsi que la Turquie.

Oui et non. Oui, parce que Bruxelles laissait entendre hier qu'un sommet tripartite avec la Russie et l'Ukraine n'était pas exclu. Non, parce qu'il y a dans cette affaire un volet commercial qui ne concerne que Kiev et Moscou. Si la Russie a coupé jeudi l'approvisionnement de l'Ukraine, c'est faute d'un accord pour 2009 sur les prix, ainsi que sur des dettes que le pays refuserait d'honorer. En toile de fond se règlent aussi des comptes politiques, notamment les prises de position progéorgiennes du président ukrainien Victor Iouchtchenko. Mais « les Russes ne sont pas ravis de ce qui se passe », affirme Gaïdz Minassian, qui souligne l'interdépendance entre Russes et Ukrainiens concernant le gaz. Hier, les deux pays semblaient prêts à reprendre les négociations : le patron de la compagnie gazière ukrainienne doit se rendre à Moscou demain. Et le géant russe Gazprom a annoncé que la Russie va discuter avec ses partenaires européens sur le probème du gaz demain à Bruxelles.

Oui. Mais aussi la diversifier. « Dans ce cas-là, on peut penser qu'il y aura moins de dépendance vis-à-vis du gaz russe au sein de l'UE. Mais il y aura toujours une grande part de gaz russe en Europe », souligne Gaïdz Minassian. C'est dans cette perspective que s'inscrit l'oléoduc Nabucco, qui consisterait à permettre l'acheminement de gaz d'Azerbaïdjan et d'Iran via la Turquie. Mais le projet est encore loin d'être finalisé. ■