Guerre des images à Gaza

MEDIAS Même avec le blocus d'Israël aux médias internationaux, le point de vue de chaque camp est très représentatif...

Catherine Fournier et S. C.

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Epaulés par des hélicoptères de combat, les chars israéliens sont entrés dans Khan Younès, un bastion du Hamas situé au sud de la bande de Gaza.
Epaulés par des hélicoptères de combat, les chars israéliens sont entrés dans Khan Younès, un bastion du Hamas situé au sud de la bande de Gaza. — REUTERS

Depuis douze jours, ce sont toujours les mêmes images. Tantôt atroces, tantôt graphiques. Les corps mutilés des victimes de Gaza d'un côté, les prouesses de l'armée israélienne de l'autre. Comme dans chaque guerre, deux réalités s'affrontent. A la différence que cette fois-ci, les journalistes étrangers n'ont pas droit de cité dans la bande de Gaza. Et ne peuvent donc rendre compte de leur vision. Et livrer leurs images.

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Israël a bloqué l'accès à la presse internationale depuis le 5 novembre (date à laquelle les tirs de roquettes palestiniens ont repris après un raid israéien), et à la presse israélienne depuis plus d'un an. Les seuls médias sur place sont palestiniens. «Ce qui pose un problème de neutralité», reconnaît Patrick Baz, responsable du pôle photos pour le Moyen-Orient à l'AFP. Si les agences de photos saluent le courage et la déontologie de leurs collaborateurs à Gaza, elles soulignent la difficulté de travailler dans ces conditions.

«On est planqué dans les bois »

«Ils sont épuisés. Ils travaillent sous le feu depuis dix jours. Leur famille est sur place, ils sont impliqués à tous les niveaux», déplore Patrick Baz, qui ne demande qu'à les relayer. Mallory Langsdon, chez Reuters, affirme de son côté que le Hamas limite lui aussi les accès aux photographes sur le terrain. «Nos confrères palestiniens subissent peut-être une pression que nous, journalistes étrangers, n'aurions pas à subir», analyse également Charles Enderlin, le correspondant de France 2.

Bloqués à la frontière, les photographes étrangers travaillent «comme des paparazzis». Tous les moyens sont bons pour essayer de prendre des clichés de l'offensive terrestre israélienne, autres que ceux que Tsahal veut bien montrer. «On est planqué dans les bois, on se fait passer pour des fermiers dans des voitures banalisées», raconte Patrick Baz. Rien n'y fait. «Lors des deux premières Intifada, l'armée israélienne avait fermé toutes les zones militaires, mais il y avait toujours un moyen de passer», témoigne encore Patrick Baz. Cette fois-ci, les deux seules frontières (avec l'Egypte et Israël, ndlr) sont bien hermétiques.

Israël ne veut pas donner à voir les mêmes photos qu'à l'été 2006, pendant la guerre du Liban. On y voyait des soldats israéliens blessés voire tués. C'est pourquoi l'armée refuse d'embarquer le moindre journaliste. Or, «être “embedded”, c'est toujours mieux que rien, souligne Patrick Baz. Car le contact avec le combattant fait partie de la réalité de la guerre.» Le bureau gouvernemental de la presse israélienne se justifie en expliquant vouloir éviter les enlèvements journalistes.

«Les images ne mentent pas, ce qui ment c’est ce qu’on en dit»

«Je ne vois pas pourquoi le Hamas voudrait enlever des journalistes. On n'est pas en Irak», réagit Patrick Baz. Du côté du mouvement islamiste, aucune image de combattant ne filtre non plus. Si bien que les affrontements sur le terrain, qui semblent avoir déjà fait beaucoup de victimes, restent invisibles. Les médias occidentaux invoquent des raisons de sécurité. «Pas une photo ne vaut une vie», martèle Patrick Baz.

«Les correspondants d'Al Jazeera restent à des points fixes, près des hôpitaux, mais ne vont pas sur les lignes de tirs», confirme Dominique Thomas, spécialiste des mouvements islamistes, à l'école des hautes études en sciences sociales. Selon le chercheur, le Hamas cherche aussi à éviter la diffusion d'images nuisant à son image et confirmant les pertes humaines parmi ses rangs. Le groupe armé, dont la force est d'être disséminé partout dans la bande de Gaza, veut aussi éviter d'être localisé par Tsahal. D'où l'absence d'images sur les tirs de roquette vus de près. Les dernières en date remontent à avant l'offensive.

Résultat, les images qui font le tour du monde restent partiales. Tout en reflétant une certaine vérité. A conflit asymétrique, images asymétriques, note François Jost, directeur du centre d’études sur les images et les sons médiatiques. «Le point de vue de chacun est très représentatif: d’un côté il y a le regard d’Israël, qui semble être partout et tout voir de haut, de l’autre il y a celui du Hamas, dont les images sont plus désordonnées. Cela donne une impression d’omniscience et d’omniprésence de l’armée israélienne, qui, à la manière de Big Brother voit tout et sait tout. Du côté palestinien, les images prises à hauteur d’homme. Deux camps s’affrontent alors: ceux qui voient et ceux qui vivent et qui meurent. Or, la victime a toujours "raison": c’est celle qui inspire la sympathie et la souffrance.» (>> pour lire son interview complète, cliquez ici)

Selon le chercheur, «les images ne mentent pas, ce qui ment c’est ce qu’on en dit». Et les médias internationaux aimeraient bien avoir leur mot à dire.

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