Les étudiants palestiniens se mobilisent

REPORTAGE A l’université Al Quds, à Jérusalem Est, les étudiants manifestent leur solidarité pour les victimes de Gaza et condamnent la visite de Sarkozy hier en Cisjordanie...

Pauline Garaude

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Manifestation devant l'université Al Quds à Jérusalem Est le 6 janvier 2009
Manifestation devant l'université Al Quds à Jérusalem Est le 6 janvier 2009 — Pauline Garaude / 20 Minutes

«Gaza est blessée», «Arrêtez de tuer les enfants de Gaza», peut-on lire sur de grands panneaux noirs devant le hall d’entrée de l’université Al Quds, à Jérusalem Est. On y voit des myriades de photos choc: des cadavres innocents, des enfants ensanglantés, des mères en larmes... Et au stylo rouge, des murs dégoulinant de sang: celui des Palestiniens que Tsahal fait couler à flots depuis bientôt deux semaines. Tous les jours, des bougies posées au sol écrivant «Gaza» sont allumées. Et les étudiants manifestent. «La fac a été fermée pendant dix jours en signe de protestation. On a rouvert le 3 janvier et depuis, on manifeste tous les jours», raconte Sawsan qui dirige le Comité d’étudiants. «La mobilisation est de plus en plus forte et atteint 500 étudiants par jour.» Soit le quart de l’université.

Khaled arrive avec un tract réclamant entre autres la solidarité de tous les Palestiniens et la restauration immédiate de l’Autorité palestinienne. Il est signé «Al Quds». Et non Fatah, Hamas ou d’autres factions qui ont pourtant ici leur branche étudiante. «On est Palestiniens, point final», lance-t-il. Sa voix est couverte par un haut parleur qui appelle à un rassemblement spontané. Des étudiants défilent aussitôt, pacifiquement, et brandissent le drapeau rouge, vert blanc et noir de la Palestine. «C’est le mot d’ordre qui a été donné par le Hamas et le Fatah. Il faut effacer nos différences.»

«On demande plus qu’une troisième Intifada»

Au bureau du Comité des étudiants, où l’on prépare les tracts et où l’on débat de la situation à Gaza, des calendriers au mur affichent «On demande plus qu’une troisième Intifada». Hazam, étudiant en droit international explique: «Les soulèvements, ça ne suffit plus et ça ne mène nulle part! On n’est pas contre les Juifs ou Israël. On demande la fin de l’occupation et la création d’un Etat de Palestine.» Un avis que partage la quasi-majorité des professeurs. Qui précisent, comme Anwar Bais, directeur du département juridique: «Al Quds n’est pas un bastion fondamentaliste du Hamas. Ni une plateforme du Fatah. Ici, vous ne trouverez pas de bureaux des différentes factions mais comme partout, les étudiants se sentent plus ou moins proche d’une mouvance. Et avec ce qui se passe à Gaza, comment voulez vous que le Hamas ne gagne pas la sympathie des jeunes Palestiniens!»

Dans les jardins de la faculté, les étudiants planchent sur leurs examens, qui ont été décalés en raison de des conflits. Et tous ou presque ont les yeux plongés dans le quotidien «Al Quds» (qui signifie «Jérusalem») qu’ils se passent les uns aux autres. Et pour cause. Le directeur de la faculté, Sari Nusseibeh, y a une pleine page. Il y dénonce la visite de Nicolas Sarkoky lundi avec Mahmoud Abbas (dirigeant du Fatah) et qualifie ses propos à l’encontre des Palestiniens de «honteux». Il dit aussi que «ce que fait l’Union européenne est immoral et que ce n’est pas en soutenant Israël que l’on peut être neutre et jouer un rôle de médiateur entre deux parties. Politiquement, cette prise de position ne peut mener qu’à l’échec».

«Si Sarkozy revient à Ramallah, je peux vous jurer qu’on ira tous manifester»

Sawsan qui avoue qu’une majorité de Palestiniens espéraient beaucoup de la visite du Président français est indignée. «Comment peut-il condamner les opérations de Tsahal puis dire l’inverse deux jours après! Avant, je le soutenais. Maintenant, je demande qu’il s’excuse publiquement pour l’offense faite aux Palestiniens». Ce matin, cette «activiste» du Fatah - du moins considérée comme telle par la police israélienne et qui a séjourné plusieurs fois en prison - a envoyé un mail au Consulat de France de Jérusalem. «La secrétaire du Consul m’a proposé un rendez-vous immédiatement, mais j’ai refusé. On ne veut pas des excuses personnelles. On veut des excuses publiques. Et si Sarkozy revient à Ramallah, je peux vous jurer qu’on ira tous manifester dans la rue et devant le bureau du Fatah.»

Nardine, elle, acquiesce du regard mais tente de calmer son amie. Elle croit en la paix. Lundi prochain, elle s’envolera pour New York, dans le cadre du programme «Path to Peace», «Le Chemin pour la paix», où des étudiants israéliens et palestiniens partent étudier six mois sur le conflit israélo-arabe et le droit international.


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