Ouïghours : L’UE propose à la Chine l’envoi d'« observateurs indépendants » au Xinjiang

PERSECUTION La Chine dément avoir interné plus d’un million de Ouïghours dans des camps

J.-L.D. avec AFP

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Charles Michel veut enquêter sur les Ouïghours
Charles Michel veut enquêter sur les Ouïghours — Yves Herman/AP/SIPA

L'UE a proposé, ce lundi, à la Chine l’envoi d'« observateurs indépendants » dans la province chinoise du Xinjiang, où Pékin est accusé d’orchestrer une persécution de grande ampleur contre la minorité musulmane ouïghoure, a indiqué le président du Conseil européen Charles Michel.

« Nous réitérons nos préoccupations sur le traitement par la Chine des minorités au Xinjiang et au Tibet, ainsi que sur le sort réservé aux défenseurs des droits de l’Homme et des journalistes », a déclaré Charles Michel à la presse à l’issue d’une vidéoconférence avec le président chinois Xi Jinping.

Possibilité de visites en Chine ?

« Nous avons demandé l’accès d’observateurs indépendants au Xinjiang », a-t-il ajouté. « La question des droits de l’homme doit faire l’objet d’une attention très méticuleuse, l’un des points importants aujourd’hui est la proposition de mener des visites » dans les régions concernées, a-t-il expliqué.

Les Ouïghours, musulmans et turcophones, constituent le principal groupe ethnique du Xinjiang, une immense région de l’ouest de la Chine qui a notamment des frontières communes avec l’Afghanistan et le Pakistan.

Bataille de chiffres et de communication

Les Etats-Unis, comme d’autres pays occidentaux et de nombreuses organisations internationales, accusent Pékin de mener des persécutions à grande échelle contre les Ouïghours et d’avoir arbitrairement interné plus d’un million de musulmans du Xinjiang dans des camps.

La Chine dément ce chiffre et affirme qu’il s’agit de centres de formation professionnelle, destinés à aider la population à trouver un emploi afin de l’éloigner de la tentation de l’extrémisme islamiste. Outre ces détentions massives, Pékin est également accusé de stérilisations forcées dans la région.

Les Etats-Unis enquêtent aussi

L’UE, qui juge les mesures prises au Xinjiang « disproportionnées » par rapport aux objectifs supposés de lutte contre le terrorisme, avait déjà appelé dans le passé à l’envoi d’observateurs, mais sans effet.

Fin juillet, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian avait proposé qu’une « mission internationale émanant d’observateurs indépendants », « sous la houlette » de la Haute-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, l’ex-présidente chilienne Michelle Bachelet, se rende au Xinjiang pour enquêter. Washington a de son côté déjà adopté des sanctions ciblées contre des dirigeants politiques et les entreprises impliquées au Xinjiang.

La loi sécuritaire de Pékin cible de toutes les tensions

Lors de la vidéoconférence ce lundi, à laquelle participaient également la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et la chancelière allemande Angela Merkel, les Européens ont par ailleurs réitéré leurs préoccupations sur Hong Kong.

L’application par Pékin d’une nouvelle loi sécuritaire constitue selon eux une attaque contre les libertés de ce territoire semi-autonome. Les 27 avaient déjà décidé de limiter les exportations d’équipements utilisables pour la surveillance et la répression à Hong Kong. Cette loi « continue d’alimenter de sérieuses inquiétudes (…) Les voix démocratiques à Hong Kong doivent être entendues, les droits protégés et l’autonomie préservée », a insisté Charles Michel.