Belgique : Vers un procès pour des femmes métisses attaquant le passé colonial de l’Etat belge

PROCES Le procès devrait avoir lieu à l’automne 2021

20 Minutes avec AFP

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Simone Ngalula, Monique Bitu Bingi, Lea Tavares Mujinga, Noelle Verbeeken and Marie-Jose Loshi  (AP Photo/Francisco Seco)/VLM901/20181552044971//2007010803
Simone Ngalula, Monique Bitu Bingi, Lea Tavares Mujinga, Noelle Verbeeken and Marie-Jose Loshi (AP Photo/Francisco Seco)/VLM901/20181552044971//2007010803 — Francisco Seco/AP/SIPA

Le passé colonial au tribunal. L’Etat belge, accusé de « crimes contre l’humanité » par cinq femmes métisses arrachées de force à leurs mères à l’époque du Congo belge, devrait voir son procès se tenir à l’automne 2021, a-t-on appris lundi auprès de leur avocate, Me Jehosheba Bennett.

Les avocats de deux parties doivent échanger des arguments écrits « pendant un an, ce qui amènera à une audience de plaidoiries en septembre ou octobre 2021 » à Bruxelles, a précisé Me Bennett à l’AFP. La plainte pour de présumés « crimes contre l’humanité » commis dans son ex-colonie est une première pour l’Etat belge, puissance coloniale au Congo (l’actuelle RDC) jusqu’en 1960.

Un procès civil

Les cinq plaignantes sont quatre Belges et une Française, âgées aujourd’hui de 70 à 74 ans. Toutes nées d’une union entre une Congolaise noire et un blanc, elles réclament « une somme provisionnelle de 50.000 euros » et la nomination d’un expert pour évaluer leur préjudice moral.

Elles reprochent à l’Etat belge d’avoir ordonné à des fonctionnaires de les arracher de force à leurs mères pour les placer dans des institutions catholiques à l’écart de la société. « Ce sont des rapts d’enfants qui ont été organisés par l’Etat belge et mis en œuvre avec le concours de l’Eglise », accusent-elles dans une requête déposée fin juin devant le tribunal de première instance francophone de Bruxelles.

Un tournant pour l’Histoire belge ?

« A l’école, on nous traitait de "café au lait". Nous n’étions pas acceptés », s’est souvenue l’une des plaignantes, Simone Ngalula, lors d’un entretien avec l’AFP début septembre. « On nous appelait "les enfants du péché". Un blanc ne pouvait pas épouser une noire. L’enfant né de cette union était un enfant de la prostitution », a ajouté Léa Tavares Mujinga, fille d’un Portugais et d’une Congolaise, enlevée à l’âge de 2 ans dans les années 1940.

Depuis les années 1990, plusieurs manifestations culturelles et politiques ont relancé le débat autour du passé colonial de la Belgique. Ce premier procès historique est une étape majeure pour les manifestants. Le 10 septembre, une première audience purement procédurale s’est tenue sans les plaignantes afin de fixer le calendrier d’échange de conclusions écrites, comme le veut la procédure au civil.