Offensive à Gaza: «La trêve ne dépend que du bon vouloir d'Israël»

INTERVIEW Barah Mikhaïl, spécialiste du Moyen-Orient, revient sur les tentatives de la diplomatie française et européenne ce lundi...

Propos recueillis par Catherine Fournier

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Des combats très violents se déroulaient lundi soir dans la ville de Gaza entre l'armée israélienne et des combattants du Hamas, pour la première fois depuis le début d'une offensive terrestre lancée samedi, selon des témoins palestiniens et une source militaire israélienne.
Des combats très violents se déroulaient lundi soir dans la ville de Gaza entre l'armée israélienne et des combattants du Hamas, pour la première fois depuis le début d'une offensive terrestre lancée samedi, selon des témoins palestiniens et une source militaire israélienne. — Menahem Kahana AFP

Alors que la diplomatie battait son plein ce lundi pour tenter d’arracher une trêve entre le Hamas et Israël, l’Etat hébreu restait sourd aux demandes de cessez-le-feu. Barah Mikhaïl, spécialiste du Moyen-Orient à l’Iris (Institut de relations internationales et stratégiques), revient sur les initiatives française et européenne et leurs chances d’aboutir.

Pendant sa tournée au Proche-Orient, Nicolas Sarkozy veut notamment faire jouer ses relations avec l’Egypte et la Syrie pour obtenir un cessez-le-feu à Gaza. Voit-il juste?

Ce sont effectivement deux acteurs importants dans ce confit. Hosni Moubarak (le président égyptien, ndlr) avait négocié la précédente trêve entre Israël et le Hamas. Le mouvement islamiste a d’ailleurs envoyé une délégation au Caire pour discuter avec les responsables égyptiens des moyens de mettre fin à la guerre à Gaza et d’obtenir la levée du blocus. Quant à la Syrie, elle abrite Khaled Mechaak, le leader de l’aile dure du Hamas à l’extérieur. Le président syrien Bachar el Assad peut donc jouer les intermédiaires.

Qu’est-ce qui peut être négocié en échange d’un cessez-le-feu israélien?

Israël comme le Hamas n’ont aucun intérêt à négocier un véritable cessez-le-feu, car cela reviendrait à se reconnaître mutuellement. La trêve négociée par l’Egypte avait d’ailleurs été plusieurs fois violée. Mais le Hamas, qui veut s’épargner plus de pertes, semble prêt à se rallier à des conditions d’accalmie sur le terrain. Le problème, c’est qu’une nouvelle trêve ne dépend que du bon vouloir d’Israël.

C’est-à-dire?

Tant que l’Etat hébreu n’aura pas atteint ses objectifs stratégique, sécuritaire et politique, il poursuivra son offensive. Or, Israël a les mains libres au moins jusqu’au 20 janvier, date de l’investiture du nouveau président américain. Seuls les Etats-Unis ont réellement un moyen de pression sur Israël. Et il n’est pas sûr qu’Obama se saisisse du dossier du Proche-Orient dès son arrivée. Par ailleurs, le parti Kadima et les travaillistes (qui forment un gouvernement de coalition israélien, ndlr), cherchent à marquer des points par rapport au Likoud (la droite) en vue des législatives en février. Cette perspective électorale n’est pas sans incidence sur le calendrier de l’offensive.

La fin des tirs de roquette depuis la bande de Gaza est donc loin d’être le seul argument de cette guerre…

Si les Israéliens avaient réagi aux seuls tirs de roquette, ils l’auraient fait plus tôt. Avant la trêve, par exemple. L’objectif du gouvernement actuel est aussi d’affaiblir politiquement le Hamas. Le mouvement islamiste avait en effet menacé de ne plus reconnaître Mahmoud Abbas comme président de l’Autorité palestinienne à l’expiration de son mandat, le 9 janvier prochain. L’offensive israélienne a brouillé les cartes. Elle semble malgré tout avoir échoué à détrôner le Hamas dans la bande de Gaza. S’il a beaucoup perdu matériellement, il garde la voix de la rue. Alors que le Fatah, lui, a perdu le peu de popularité qu’il lui restait dans ce nouveau conflit.

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