A New York, les riches font du shopping underground

REPORTAGE Le shopping en secret est la dernière tendance new-yorkaise. Les très riches font preuve de créativité: personal shoppers et ventes privées sont les méthodes privilégiées pour ne pas être repéré.

Laura Desjardins

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Cette robe Oscar de la Renta s'est vendue sur eBay en décembre, 2.200 euros.
Cette robe Oscar de la Renta s'est vendue sur eBay en décembre, 2.200 euros. — DR
De notre correspondante à New York

Cachez ce sac Chanel que je ne saurais voir. «On a des demandes de sacs sans logo», confie une vendeuse de la boutique Chanel de Madison Avenue. A la boutique Chanel et d’autres boutiques de luxe, de plus en plus de clientes mettent leur véto sur les luxueux sacs estampillés de logo. Dans le contexte morose, elles jugent malvenu de s’afficher sur la Cinquième avenue, flanquées de sacs remplies de pull en cashmere et de joaillerie de luxe.

L’indice de confiance des consommateurs a chuté à un niveau historiquement bas en décembre. Si les très riches sont affectés par la crise, «ils n’ont pas arrêté d’acheter les marques qu’ils adorent», dit Milton Pedraza, président du Luxury Institute. «Les grands magnats de Wall Street sont conscients qu’ils ne sont pas très populaires ces temps-ci. Les millionnaires de la finance et de l’industrie font profil bas, explique-t-il. Ils ne veulent pas être vus en train de dépenser quand tant de gens ont de sérieux problèmes.»

Rester anonyme

La parade? Ils achètent en ligne. Ricky Serbin, de Ricky’s Exceptional Treasures, un revendeur de marques de luxe sur eBay se frotte les mains. Depuis le début de la crise cet automne, il affirme que ce sont les pièces les plus chères qui se vendent le mieux. Il y a quelques semaines, une robe de bal Oscar de la Renta est partie pour 3.000$ (2.200€). «Le facteur de l’anonymat joue beaucoup. Les robes sont opulentes et les clientes ne veulent pas être vues avec une boîte de la taille d’un réfrigérateur», dit-il. «Elles font aussi de bonnes affaires. La robe Oscar de la Renta valait $20.000 (€14.700) en magasin.»

Autre phénomène: les grands magasins de luxe comme Bergdorf Goodman proposent un service d’acheteur personnel (personal shopper). Au lieu de la cabine d’essayage, place au shopping dans l’intimité de sa maison. Un acheteur personnel vient chez vous avec un choix de marchandises. Le traitement de faveur n’est tout de même pas accordé à n’importe qui. Bergorf Goodman ne l’offre qu’à ses clientes détentrices de carte de fidélité, avec en général, un minimum d’achat de 20% de la marchandise «prêtée», explique une acheteuse personnelle du magasin.

Faire de bonnes affaires

Les ventes privées sont en vogue dans le climat économique. Carlisle Collection, une entreprise spécialisée dans les ventes privées de luxe organise des défilés de mode chez leurs clientes, essentiellement des femmes d’affaires. «Nos clientes sont conscientes qu’il est inapproprié d’exhiber ses achats. Avoir un service sur mesure leur permet en outre de faire de bonnes affaires», dit Steven Steinberg, directeur des opérations de The Connaught Group, la société mère de Carlisle Collection. Un retour des réunions Tupperware, en version luxe? Les ventes ont indéniablement une dimension mondaine. «Nos  «vendeuses consultantes» ont le même statut social que nos clientes; elles fréquentent les mêmes clubs privés», explique Steven Steinberg.

Pedraza prédit que la tendance du «shopping en furtivité» va continuer au premier et deuxième trimestre 2009. Il pense cependant que le phénomène est une réponse temporaire à la situation économique. «Quand les temps seront meilleurs, ils sortiront à nouveau», dit-il. Pour vivre heureux, ne vivons pas cachés.