Colombie : Des émeutes après une bavure policière font cinq morts

VIOLENCES Un avocat colombien de 46 ans, Javier Ordoñez, a reçu à plusieurs reprises de longues décharges avec des pistolets à impulsions électriques

Manon Aublanc

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Des émeutes ont éclaté à Bogota après des violences policières, le 10 septembre 2020.
Des émeutes ont éclaté à Bogota après des violences policières, le 10 septembre 2020. — STR / AFP

Des violentes émeutes ont éclaté, ce mercredi à Bogota ( Colombie), faisant cinq morts, après le décès d’un homme victime d’une bavure policière, dont la vidéo avait été diffusée sur les réseaux sociaux.

Le ministre colombien de la Défense Carlos Holmes Trujillo a promis une récompense à ceux qui aideront à « l’arrestation des auteurs de l’homicide de cinq personnes durant cette journée violente » dans la capitale colombienne et la localité voisine de Soacha.

Un « abus policier » selon le maire de Bogota

La scène de l’arrestation diffusée sur les réseaux sociaux, dans laquelle l’homme au sol et des témoins supplient les policiers d’arrêter de le brutaliser, a choqué le pays. La séquence de près de deux minutes montre deux motards casqués de la police colombienne mettre au sol un avocat de 46 ans, Javier Ordoñez, puis lui administrer à plusieurs reprises de longues décharges avec leurs pistolets à impulsions électriques.

« S’il vous plaît, arrêtez », entend-on répéter à plusieurs reprises l’homme au sol. Les témoins de la scène interpellaient également les policiers : « Arrêtez s’il vous plaît, on vous filme » avec un téléphone portable. Selon le chef de la police de Bogota, le colonel Necton Borja, les agents avaient été dépêchés après un désordre causé par des « personnes alcoolisées » et Javier Ordoñez a essayé « de frapper les policiers » avant d’être plaqué au sol.

« Complications médicales »

Le colonel a estimé que la victime « a été soumise à une arme non létale » avant d’être transportée au poste de police où elle a présenté des « complications médicales ». Transporté à l’hôpital, Javier Ordoñez, père de deux enfants, est décédé peu après.

La maire de Bogota, Claudia Lopez, a estimé qu’il s’agit d’un « abus policier ». Sur Twitter, elle a demandé « une peine exemplaire » contre les policiers et appelé à « une restructuration profonde et sérieuse au sein des forces de police ». Le ministre de la Défense a déclaré à la presse que « les deux agents font déjà l’objet d’une enquête disciplinaire et pénale ».

Un usage « inutile et/ou disproportionné de la force » selon l’ONU

Mercredi dans l’après-midi, des centaines de personnes se sont rassemblées pour protester devant le poste de police où la victime a été emmenée avant de mourir. Les manifestants ont aspergé de peinture rouge la façade de l’immeuble et lancé des pierres en scandant « résistance », a constaté un journaliste. La police a tenté de disperser la foule avec des grenades assourdissantes et des gaz lacrymogènes, mais les protestations se sont étendues à d’autres quartiers de Bogota. Les médias locaux ont fait état d’émeutes, d’incendies et d’attaques contre une douzaine de commissariats de police dans le nord et l’ouest de la capitale. Des émeutes se sont également produites à Medellín (nord-ouest), Cali (sud-ouest) et Neiva (centre).

Le président Iván Duque a déploré « les abus (…) commis par des membres de la force publique ». « Nous avons vu des événements douloureux aujourd’hui », a dit le chef de l’Etat, demandant que des « sanctions appropriées soient adoptées ». La police colombienne a par le passé été impliquée dans plusieurs scandales de violences. L’Onu avait alerté fin février sur les homicides et autres abus présumés commis par des militaires et des policiers en Colombie. Alberto Brunori, représentant en Colombie de la Haut-commissaire de l’ONU pour les droits de l’homme Michelle Bachelet, avait relevé que dans 13 cas de décès impliquant des agents de l’Etat, « il a été observé » un usage « inutile et/ou disproportionné de la force ».