Une présidence eurosceptique en porte-à-faux

De notre envoyée spéciale à Prague, Mélissa Chemam

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Depuis deux ans, Martina Chladova gère un groupe de volontaires qui accueille les étudiants. Tous les jours, elle reçoit des Tchèques qui partent à l'étranger grâce au programme Erasmus, et des étudiants étrangers qui viennent découvrir son pays. « Ici, en Europe, je me sens tchèque, mais quand je voyage, je me sens vraiment européenne. Et beaucoup de jeunes pensent comme moi », constate la jeune femme de 24 ans. Pour elle, les Tchèques sont prêts à assumer la présidence tournante du Conseil de l'Europe. « La plupart d'entre nous, et surtout les plus jeunes, sont satisfaits de l'entrée dans l'Union européenne et dans l'espace Schengen », affirme-t-elle.

C'est ce que confirment les sondages. Depuis le référendum sur l'adhésion à l'Union européenne, en 2003, la majorité des Tchèques est conquise par le projet européen. Mais ses dirigeants sont moins enthousiastes. Notamment le président, Vaclav Klaus, l'un des eurosceptiques les plus durs d'Europe, avec son homologue polonais Lech Kaczynski.

Après la Slovénie, la République tchèque est le deuxième pays de l'élargissement de 2004 à assurer la présidence tournante, et le premier issu du bloc soviétique. Mais avec la crise financière et économique mondiale, la tâche ne s'annonce pas facile. Le politologue tchèque Jiri Pehe, ancien conseiller du président Vaclav Havel, critique aussi la méthode : « La vérité est que nos dirigeants ont négligé la préparation de cette présidence. Le gouvernement a perdu près d'un an à cause de tracasseries de politique intérieure. » Déçu, Pehe se souvient avoir travaillé dur au côté du président Havel pour mener à bien les négociations d'adhésion de son pays à l'Union européenne, entre 1993 et 2003. « A présent, la présidence tchèque rend ses partenaires nerveux, explique-t-il. C'est comme si un adolescent à problèmes prenait le volant du bus européen, de plus sur une route fortement congestionnée... »