Gaza a du « plomb durci » dans l'aile

Catherine Fournier et Armelle Le Goff

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Alors qu'Israël a engagé sa plus vaste opération militaire dans la bande de Gaza depuis la conquête de ce territoire en 1967, retour sur les enjeux et conséquences du conflit.

G Comment en est-on arrivé là ? La branche armée du Hamas, les Brigades Ezzedine Al-Qassam, a décidé de ne pas reconduire la trêve avec Israël le 19 décembre dernier. Motif : le 4 novembre, un raid israélien a tué six membres du Hamas dans la bande de Gaza. Les tirs de roquettes dans le sud d'Israël ont repris. En représailles, l'Etat hébreu a renforcé son blocus, aggravant la situation humanitaire dans le territoire. « Le mouvement islamiste a alors cessé de faire barrage aux tirs de son organisation mais aussi à ceux de groupes comme le Djihad islamique », explique Dominique Thomas, chercheur à l'Ecole des hautes études en sciences sociales et spécialiste des mouvements islamistes.

G Pourquoi Israël est-il passé à l'offensive ? Entre le 23 et le 24 décembre, plus de 70 engins ont été tirés en réplique à une attaque israélienne. Or la portée des roquettes, jusque-là limitée, a atteint pour certaines un rayon de 30 km, menaçant les villes du sud d'Israël, notamment Ashkelon. Le 27 décembre, Israël a donc décidé de lancer l'opération « Plomb durci ». Une offensive qui intervient à quelques semaines des élections législatives. Elle aurait d'ailleurs déjà permis à la coalition au pouvoir, composée du parti centriste Kadima et des Travaillistes, de reprendre la main dans les sondages face au Likoud de Benjamin Netanyahou.

G Quelle sortie de crise ? Le conflit au Proche-Orient pourrait s'apparenter à une équation avec de multiples inconnues. En s'engageant dans la bande de Gaza, l'armée israélienne affronte en fait plusieurs ennemis : le Hamas, maître des lieux, mais aussi ses soutiens, le Hezbollah chiite libanais, capable de l'attaquer par le nord du pays, et Téhéran, extrêmement actif dans la région. Mais si l'initiative d'Israël peut s'avérer concluante militairement parlant quoique coûteuse, il n'est pas sûr que politiquement elle soit aussi payante. Le mouvement islamiste, né en 1987 et largement plébiscité par les Palestiniens lors des élections législatives de janvier 2006, ne disparaîtra pas par la force de la scène politique. Une présence, qui, à terme, risque de permettre la refondation de ses branches armées. Le mouvement islamiste, qui par ailleurs retient en otage depuis 2006 le soldat israélien, Gilad Shalit, pourrait même sortir encore renforcé de cette crise. Israël a donc beau réaffirmer hier « n'avoir aucune intention de revenir occuper la bande de Gaza », on ne voit pas, dès lors, quel avenir celui-ci pourrait réserver à cette portion de territoire, frontalière de l'Egypte.

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