«Que l'on appartienne au Hamas ou au Fatah, ce n'est plus la question»

REPORTAGE Si tous les Palestiniens sont loin de se reconnaître dans le Hamas, l'offensive de l'armée israélienne dans la bande de Gaza renforce la solidarité palestinienne face à Israël...

Pauline Garaude

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Des dizaines de familles fuyaient le secteur vers le sud en voitures, dans des camions, à l'approche des blindés israéliens, toujours selon les témoins. Les blindés israéliens ont également coupé un important axe routier à la hauteur de Jabaliya et Beit Lahya, dans le nord de la bande de Gaza, ainsi que près de Boureij, dans le centre.
Des dizaines de familles fuyaient le secteur vers le sud en voitures, dans des camions, à l'approche des blindés israéliens, toujours selon les témoins. Les blindés israéliens ont également coupé un important axe routier à la hauteur de Jabaliya et Beit Lahya, dans le nord de la bande de Gaza, ainsi que près de Boureij, dans le centre. — Mohammed Abed AFP
De notre envoyée spéciale à Jérusalem

«Nous ferons de Gaza un cimetière pour les Juifs», avaient lancé les militants du Hamas dès samedi soir, au moment des premières incursions terrestres des chars de Tsahal dans la bande de Gaza où le Hamas est seul au pouvoir depuis juin 2007.

Face à ce que l’armée israélienne nomme une opération «défensive» - et non «offensive» - un des hauts responsable du Hamas Moushir al-Masri, a affirmé que «Tsahal n’a pas réussi à atteindre ses objectifs et que la résistance, avec le peu de moyens dont elle dispose, proclamera le moment venu la victoire contre l’ennemi».

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Le Hamas que Tsahal veut absolument affaiblir a-t-il les moyens de résister à une opération d'une telle envergure? Hassan Balawi, journaliste et auteur de «Gaza dans les coulisses du mouvement national palestinien», explique: «Jamais Tsahal ne viendra à bout du Hamas et elle le sait. Oui elle va l’affaiblir d’un point de vue matériel et logistique car toutes les infrastructures du pouvoir à Gaza ont été bombardées. Mais idéologiquement, le Hamas se renforce de jour en jour. Il a pignon sur rue et devient plus populaire que le Fatah de Mahmoud Abbas.»

Le Fatah, chassé de Gaza par le Hamas une première fois en 2006 par les urnes, puis par la force un an après est installé à Ramallah en Cisjordanie, et a pris ses distances avec la mouvance radicale. Au point que les Palestiniens parlaient d’une impossible réconciliation entre les deux factions.

Des mouvements de grogne éclatent un peu partout


Mais l’offensive de Tsahal a changé la donne. «Que l’on appartienne au Hamas ou au Fatah, ce n’est plus la question», lance Anwar, un étudiant palestinien de Jérusalem Est. «Ce que fait Tsahal n’est pas contre le Hamas mais contre l’ensemble du peuple palestinien. Vous croyez qu’on peut laisser Israel exterminer nos frères de Gaza!» s’enrage-t-il.

Ici, dans le quartier musulman de Jérusalem ou dans les grandes villes de Cisjordanie comme Ramallah, Hebron ou Naplouse, des soulèvements sporadiques éclatent partout. Des jeunes incendient des pneus de voiture et jettent des pierres, crient leur rage et leur haine contre Israël et brandissent le drapeau vert du Hamas.

Israël ira «jusqu'au bout»

On n’est pas loin de la troisième Intifada. Un scénario qu’experts et responsables politiques palestiniens excluent de moins en moins. D’autant que les télévisions arabes passent en boucle les images de la «guerre de Gaza». L’opération terrestre a déjà tué au moins 35 Gazaouis dont la moitié d’enfants: une tragédie qui risque d’embraser très vite la «rue palestinienne».

Alors que Mahmoud Abbas, représentant de l’Autorité palestinienne s’envole ce soir pour les Nations unies afin d’obtenir un cessez le feu immédiat, hors de question pour Israël de capituler face au Hamas. «Cette situation n’est plus acceptable. Nous irons jusqu’au bout même si l’opération doit durer des semaines. Notre objectif n’est pas de réoccuper Gaza mais d’anéantir certains lieux d’où sont lancées quotidiennement des roquettes sur Israël», dit-on du côté de la défense israélienne.

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