Interdiction de la vente d'ivoire sur eBay: vraiment une bonne idée?

ECOLOGIE Pourquoi l'interdiction de la vente d'ivoire sur le site de vente aux enchères ne va pas aider l'environnement...

Brendan Borrell, traduction 20minutes.fr

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 Un éléphant dans le Kruger National Park en Afrique du Sud.
 Un éléphant dans le Kruger National Park en Afrique du Sud. — JON HRUSA/EPA/SIPA
En novembre, Brendan Borrell expliquait dans cet article sur le site Slate.com que l'interdiction à venir de la vente d'ivoire sur eBay n'était pas forcément une bonne idée. Cette interdiction est entrée en vigueur au 1er janvier.

Le site d'enchères en ligne eBay a annoncé le 20 octobre qu'il interdirait à partir du 1er janvier quasiment toutes les ventes d'ivoire. En septembre, la société s'était trouvée embarrassée quand l'association pour la protection des animaux International Fund for Animal Welfare, a estimé que 3,2 millions de dollars de commerce d'ivoire d'éléphant transitait par le site chaque année.

Probablement un nouvel exemple de greenwashing («écoblanchiment») – une façon pour le site de vente aux enchères de verdir son image. Mais en fait, cette nouvelle politique entre en contradiction avec les principes défendus par les principales associations écologistes.

Une semaine après l'annonce d'eBay, la Convention sur le commerce international des espèces en danger (la Cites) a organisé, avec le soutien du WWF, une vente aux enchères de stocks gouvernementaux d'ivoire provenant d'éléphants soient morts naturellement, soit tués dans la cadre de programme de contrôle des populations de 4 pays du sud de l'Afrique.

L'ivoire d'eBay était légal


Ces ventes ont rapporté 15 millions de dollars, qui serviront à financer des programmes de conservation des éléphants. Les lois internationales sur le commerce d'ivoire sont complexes, mais en vrai, la plupart de l'ivoire vendu sur eBay était complètement légal. Acheter de l'ivoire en ligne peut même être un geste en faveur de la protection des éléphants. Plus nous en achetons, et plus les éléphants et leurs écosystèmes ont de chances de survivre aux pressions de la modernisation.

Les éléphants sauvages ne seront pas tolérés en Afrique tant que les locaux ne pourront pas profiter de leur atout le plus précieux: les dents. Comme le journaliste John Frederick Walker l'explique dans un livre provocateur (qui sera publié en janvier), la haute estime que les visiteurs de zoo américains ont des proboscidiens n'est pas partagée par les fermiers pauvres du Kenya, qui doivent gérer au quotidien ces bulldozers vivants de plusieurs tonnes, qui saccagent leurs champs de manioc et menacent leur vie.

Parcourez quelques journaux africains, vous trouverez des histoires sanglantes d'écoliers piétinés, de villageois effrayés et de couvre-feu imposés. Les Américains ne supporteraient pas de vivre dans de telles conditions. Nous avons portant imposé notre vision impérialiste sur un continent éloigné que nous considérons comme notre zoo.

La nécessité de contrôler les populations d'éléphants


Les éléphants posent également problème dans les parcs nationaux du Botswana, de Namibie, du Zimbabwe et d'Afrique du Sud, où l'essor des populations doit être contrôlé pour éviter que les écosystèmes ne soient détruits.Les éléphants sont les plus gros mammifères terrestres vivants, ils consomment chacun 300 kilos de végétation par jour et boivent près de 200 litres d'eau.

En 1970, une politique non-interventionniste envers les éléphants dans le Parc national de Tsavo, au Kenya, a servi de leçon à ceux qui s'opposaient au contrôle des populations d'éléphants. Après avoir ravagé la végétation fragile du parc, pendant la saison sèche, les éléphants ont commencé à mourir par milliers.

Ont ainsi grillé au soleil des animaux dont la viande aurait pu aider les fermiers désespérés de la région et dont l'ivoire aurait pu rapporter 3 millions de dollars à des programmes de conservation. Depuis, des procédures de contrôle des populations ont été mises en place pour diminuer les dégâts causés par ces animaux.

Mais ces approches pragmatiques ont subi un coup d'arrêt en 1989, quand les stars Brigitte Bardot et Jimmy Stewart se sont associées aux campagnes de défense des droits des animaux contre «l'holocauste des éléphants». Même si aucun pays africain ou occidental n'était à l'origine en faveur d'une interdiction du commerce de l'ivoire, à la fin de l'année ils ont cédé face à l'opinion publique. Le 8 octobre, à Lausanne, en Suisse, la Cites a interdit le commerce de l'ivoire.

Hors d'eBay, contrôles impossibles

La plupart de l'ivoire qui était vendu sur eBay n'avait certainement rien d'illégal. Beaucoup d'ivoire date tout simplement d'avant l'interdiction de 1989. La seule façon d'améliorer ce marché, c'est en le rendant plus transparent, et eBay était l'endroit idéal pour cela. Parce que le site conserve une trace de chaque enchère, du prix final, du vendeur et de l'acheteur, il pourrait s'avérer un outil précieux pour ceux qui luttent contre le trafic. Avec ces données, il serait possible de contrôler les volumes d'ivoire en circulation et d'identifier les acheteurs et les vendeurs suspects. Si les ventes ont lieu hors d'eBay, ces contrôles seront impossibles.

Si eBay voulait agir pour la protection des espèces en danger, il aurait dû s'associer avec le Fish & Wildlife Service (ndlt : l'organisme américain qui s'occupe de la protection de la faune) et indiquer à ses utilisateurs que chaque achat ou chaque vente de produits issus d'animaux sera inscrite sur un registre du gouvernement.