Etats-Unis : La colère monte après la mort de Daniel Prude, asphyxié en mars, 7 policiers suspendus

AMERIQUE Quatre mois après les faits, la famille a rendu publique une vidéo du drame, et la maire de Rochester a annoncé la suspension des sept policiers impliqués

P.B. avec AFP

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Joe (droite) et Armin Prude, le frère et le fils de Daniel Prude, mort asphyxié par la police en mars 2020 (photo prise le 3 septembre 2020).
Joe (droite) et Armin Prude, le frère et le fils de Daniel Prude, mort asphyxié par la police en mars 2020 (photo prise le 3 septembre 2020). — Ted Shaffrey/AP/SIPA

Plus de trois mois après George Floyd, mort asphyxié sous le genou d’un policier, l’Amérique s’indigne aujourd’hui pour Daniel Prude. Cet Afro-Américain de 41 ans, en proie à des troubles psychologiques, et qui errait nu dans la rue, est mort asphyxié par des policiers en mars dernier dans l’Etat de New York. Les agents ont placé un sac sur sa tête – pour se protéger de ses crachats en pleine pandémie de coronavirus – puis l’ont plaqué au sol pendant deux minutes alors qu’il neigeait, selon une vidéo publiée par sa famille mercredi.

La maire de Rochester, Lovely Warren, qui est afro-américaine, s’est dite « choquée » et  a annoncé la suspension des sept policiers présents lors de l'interpellation. La procureure a assuré qu’une enquête était en cours, sans expliquer pourquoi aucune sanction n'avait été prise jusqu'à présent, alors que l’institut médico-légal a conclu que le décès relevait d’un homicide, lié à une « asphyxie consécutive à une contrainte physique ».

Des dizaines de personnes se sont rassemblées mercredi et jeudi pour manifester devant le siège de la sécurité publique, à Rochester. D’autres rassemblements sont prévus dans de nombreuses villes américaines jeudi soir, alors qu’un jeune noir de 18 ans a été tué par la police à Washington mercredi, et qu’un Afro-Américain a été abattu à Los Angeles ce lundi.

« Ils essaient de me tuer »

L’affaire remonte au 23 mars dernier. La police intervient après un appel d’urgence du frère de la victime, inquiet car Daniel Prude était pris de troubles psychologiques. Une fois sur place, un policier trouve Daniel Prude allongé par terre en pleine rue, nu, et le menotte, selon les images publiées mercredi.

Daniel Prude, un Américain de 41 ans, est mort asphyxié par la police d de Rochester, en mars 2020.
Daniel Prude, un Américain de 41 ans, est mort asphyxié par la police d de Rochester, en mars 2020. - Police
Daniel Prude a été plaqué au sol pendant plus de 2 minutes par la police.
Daniel Prude a été plaqué au sol pendant plus de 2 minutes par la police. - Police

Alors que l’homme de 41 ans tient des propos incohérents, un policier lui place un sac de toile sur la tête, ce qui l’énerve encore davantage. Cette capuche de toile est appelée un « spit hood » (capuche à crachat) et vise à éviter qu’un des agents ne reçoive de la salive, car l’homme crache et affirme avoir le coronavirus, selon l’un des policiers.

Et puis, alors que la température est proche de zéro, les policiers l’immobilisent. Un agent lui plaque le visage au sol avec ses deux mains pendant qu’un autre utilise son genou pour l’empêcher de se débattre. « Ils essaient de me tuer », hurle-t-il. Plus de deux minutes s’écoulent. Des flocons de neige recouvrent le corps nu de Daniel Prude. Les secours arrivent peu après. Daniel Prude tombe dans le coma et décède une semaine plus tard.

« Combien devront encore mourir ? »

« Il y a quatre mois que le bureau de la procureure a ouvert son enquête, mais il n’en faut pas tant pour constater que les officiers impliqués ont abusé de leur autorité et mis fin à l’existence de M. Prude », a réagi la directrice de l’antenne locale de l’organisation de défense des droits de l’Homme New York Civil Liberties Union, Iman Abid.

« J’ai passé un appel pour que mon frère reçoive de l’aide, pas pour qu’il soit lynché », a déclaré Joe Prude, le frère de Daniel, lors d’une conférence de presse mercredi. Pour lui, il s’agit d’un « meurtre de sang-froid ». « Combien de frères (noirs) devront encore mourir pour que la société comprenne qu’il faut que ça s’arrête ? », a-t-il interrogé.

Le chef de la police de la ville, La’Ron Singletary, qui est noir, a assuré qu’il n’avait jamais été question de « couvrir » l’incident. Il a cependant reconnu que les officiers présents lors de l’interpellation n’avaient pas été suspendus avant jeudi.