«Ça va être la troisième Intifada, c'est sûr»

PROCHE-ORIENT Au lendemain de la mort du cheikh Rayyane, un important chef politico-religieux du Hamas tué par des tirs israéliens dans Gaza, les Palestiniens ont appelé à une «journée de colère»...

Pauline Garaude

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Des heurts entre lanceurs de pierres palestiniens et police israélienne ont toutefois éclaté après les prières dans plusieurs quartiers, a constaté un photographe de l'AFP.
Des heurts entre lanceurs de pierres palestiniens et police israélienne ont toutefois éclaté après les prières dans plusieurs quartiers, a constaté un photographe de l'AFP. — Gali Tibbon AFP
De notre correspondante à Jérusalem, Pauline Garaude,

Dans les ruelles du vieux Jérusalem Est, le quartier musulman, les forces de police abondent ce vendredi pour prévenir les manifestations de la «journée de la colère» contre Israël. Pas moins de 6000 soldats (et autant à l’extérieur des remparts) sont postés à chaque coin de rue. Et interdisent l’entrée à l’Esplanade des Mosquées (troisième lieu saint de l’Islam) aux fidèles de plus de 50 ans.

Mais dans les souks musulmans, c’est au contraire un silence inquiétant qui imprègne les lieux. Peur de s’exprimer ou sous le choc des atrocités de Gaza, on voit des visages crispés, des regards figés, des hommes et des femmes prostrés. D'après l'AFP, des heurts ont cependant éclaté ce vendredi à Jérsualem Est entre lanceurs de pierres palestiniens et police israélienne.

Gaza au téléphone

Tous vivent la guerre en direct avec leurs «frères» gazaouis via la radio ou la télévision arabe Al Jazira qui passe en boucle les raids menés contre le Hamas et affiche en gros plan les cadavres innocents. Beaucoup aussi prennent leurs téléphones portables pour appeler leur famille à Gaza.

Il faut sortir de la vieille ville et aller à la Porte des Lions pour voir quelques mouvements  de protestations - plutôt pacifiques d’ailleurs. Seules des femmes manifestent. Et scandent «Allah Akbar» (Dieu est grand). «Ce sont elles qui nous ont dit que ne pas manifester. Sinon, la police israélienne nous aurait arrêté, battu et jeté en prison» raconte Hassan, 42 ans.

«La troisième Intifada»

S’il ne manifeste pas, il n’hésite pas à livrer sa rage: «Ca va être la troisième Intifada, ça, c’est sûr! Et puis il y en aura une quatrième, une cinquième et autant qu’il faudra jusqu’à ce que l’occupation israélienne cesse. Aujourd’hui, Hamas ou Fatah, peu importe. La question n’est plus là. C’est contre le peuple Palestinien qu’Israël agit et ce sont les Palestiniens qu’elle cherche à exterminer. Mais ils ne nous auront pas comme ça. Allah est plus fort que Tsahal».

Pendant ce temps, devant la Porte des Lions où sont amassés les Palestiniens, et autant de police et de journalistes, quatre adolescentes posent au sol des ballons remplis d’un liquide rouge sang, et portant l’inscription Gaza. Elles s’y recueillent et prient pour tous ceux qui là bas, payent de leur sang les raids de Tsahal.

Débordements à Shaufat

 
Des raids qui ont déjà fait plus de 420 morts dont un quart au moins de civils. Et dont le bilan pourrait s’alourdir si l’armée lance une offensive terrestre. «Jamais Tsahal n’osera rentrer ses chars dans Gaza. Ce sont des conneries! Tout ça, c’est pour mettre la pression et asphyxier notre peuple!» s’énerve Leila.

«L’armée israélienne ne veut pas se prendre une autre raclée comme en 2006 au Liban. Et pour l’instant, on est plus fort qu’eux» renchérit son amie. Si à Jérusalem l’important dispositif de sécurité a permis d’éviter les débordements, à Shaufat, dans sa banlieue Nord-Est, des Palestiniens ont incendié des pneus et jeté des pierres.

Impossible de passer le check-point, même pour les journalistes accrédités par les autorités israéliennes. «Partez, il n’y a rien à voir» lancent de jeunes soldats, très tendus. Car leur pays s’achemine peut-être vers une nouvelle guerre. Raids ciblés ou offensive de grande envergure: s’il est trop tôt pour le dire, Palestiniens et Israéliens craignent ici le scénario du pire.