Bulgarie : A Sofia, les manifestations anticorruption dégénèrent

CRISE POLITIQUE Pour la première fois depuis le début en juillet des manifestations quotidiennes contre le Premier ministre, la journée de mercredi a été marquée par des violences

20 Minutes avec AFP

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Opposition violente entre manifestants et forces de l’ordre, à Sofia le 2 septembre 2020.
Opposition violente entre manifestants et forces de l’ordre, à Sofia le 2 septembre 2020. — AFP

L’opposition au Premier ministre bulgare est montée mercredi d’un cran dans la violence. Au moins 55 personnes ont été blessées à Sofia lors de heurts entre les opposants à Boïko Borissov et la police. L’aval du Parlement donné au Premier ministre pour lancer son projet controversé de réécriture de la constitution cristallise le mécontentement des manifestants.

Pétards, pierres et bouteilles

Au bout d’une journée de tensions, les affrontements se sont intensifiés dans la capitale bulgare pendant la soirée, des manifestants jetant pendant une heure et demie des pétards, des pierres et des bouteilles sur les gendarmes qui protégeaient le siège du gouvernement et du parlement. Surtout, les manifestations ne semblent plus contrôlées. Les appels au calme des organisateurs n’ont en effet pas été écoutés, et les forces de police ont repoussé les participants sur une grande partie de la place, et interpellé 95 personnes.

Il s’agissait de la première journée marquée de violences depuis le début en juillet des manifestations quotidiennes contre la corruption. Des protestataires, toutes tendances confondues, réclament la démission du gouvernement et du procureur général Ivan Guechev auxquels ils reprochent « d’être liés à l’oligarchie ». Mercredi, 127 députés sur 240 ont donné leur accord au chef conservateur du gouvernement pour lancer des débats au sujet de la constitution, mais les militants anticorruption n’y voient qu’une manœuvre dilatoire.

« Usage disproportionné de la force »

« Démission ! », « mafia ! », ont scandé devant le bâtiment du Parlement des milliers de manifestants à l’adresse du Premier ministre. Des aérosols au gaz poivre et des bombes assourdissantes ont été utilisés pour la première fois en Bulgarie face à des cortèges, et l’ONG Comité Helsinki a protesté contre « un usage disproportionné de la force », une accusation que le chef de la police de Sofia, Georgy Hadzhiev, a rejetée.

Quelque 95 manifestants ont été interpellés, a déclaré un responsable de la police. Les forces de l’ordre ont précisé que certains des manifestants arrêtés étaient connus de leurs services comme étant des supporteurs de football ultras.

Le président en phase avec les manifestants

Selon les observateurs, la proposition de nouvelle constitution vise en fait à maintenir les conservateurs et leurs alliés nationalistes au pouvoir jusqu’à la fin de leur mandat en mars 2021. Le parti de la minorité turque MDL et l’opposition socialiste s’y sont opposés, la gauche y voyant une volonté de limiter les pouvoirs du président de la République, proche de ses positions. Dans un communiqué interne au Parlement, le président Roumen Radev, qui soutient les revendications des manifestants, a appelé les parlementaires à « sortir de cette crise avec dignité » en faisant le nécessaire pour ouvrir la voie à de futures élections.