Sri Lanka: Deux morts dans un attentat à Colombo

CONFLIT L'armée sri lankaise s'est emparée, vendredi, de la «capitale» politiques des Tigres tamouls...

MD avec agence

— 

Soldats de l'armée sri lankaise lors des funérailles du général Lassantha Mhaesh Kumara Narangoda à Ragama près de Colombo.  
Soldats de l'armée sri lankaise lors des funérailles du général Lassantha Mhaesh Kumara Narangoda à Ragama près de Colombo.   — REUTERS/Buddhika Weerasinghe (SRI LANKA)

Un probable attentat suicide dans la capitale sri lankaise a fait deux morts vendredi. Trente deux autres personnes ont été blessées. L'explosion a eu lieu en face de leur base aérienne à Colombo, a annoncé la police en accusant les rebelles tamouls. Un événement qui intervient dans un climat tendu puisque l'armée du Sri Lanka s'est emparée vendredi de Kilinochchi, la «capitale» politique des rebelles des Tigres tamouls, dans le nord du pays.

Des troupes au sol avaient percé les lignes de défense des Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE) à l'entrée de cette localité et avançaient pour contrôler totalement ce quartier général de la guérilla tamoule assiégé depuis des mois par l'armée de Colombo. «La prise de Kilinochchi par nos soldats est une victoire historique pour la Nation», a proclamé le ministre sri-lankais et porte-parole du parti au pouvoir, Maithripala Sirisena ajoutant que «le drapeau national (sri-lankais) flottait sur Kilinochchi».

Le Président se félicite de cette victoire

La chute de cette ville-symbole, au terme de plusieurs mois de combats, constitue un terrible revers pour la guérilla séparatiste des Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE), qui contrôlaient Kilinochchi depuis 10 ans et en avaient fait la «capitale» politique de leur mini-Etat dans le nord de l'île. Il s'agit d'«une victoire sans égal», s'est félicité vendredi le président sri-lankais Mahinda Rajapakse. Mahinda Rajapakse, a sommé les rebelles des Tigres tamouls de déposer les armes et de se rendre.

>> A lire également: «Une confrontation armée avec les Tigres sera sans succès»

Peu d'informations sur la situation

«Les soldats ont pénétré dans Kilinochchi ce matin par deux points différents et d'intenses accrochages sont en cours», avait déclaré un responsable de la présidence sri-lankaise en assurant que la chute de cette ville interviendrait «très bientôt». Si l'on en croit des responsables militaires (l'accès de la presse ou d'autres sources au front septentrional étant totalement impossible), deux bataillons étaient en train de prendre en tenaille Kilinochchi et «devraient faire la jonction à tout moment». «Des troupes ont déjà pris possession de la gare (désaffectée) dans le centre de la ville», a dit l'une de ces sources, sans évoquer d'éventuelles victimes.

>> Chronologie : Sri Lanka : 20 ans de terreur

Les Tigres n'ont pas non plus commenté ces dernières opérations, mais les offensives et contre-offensives depuis des mois autour de Kilinochchi ont fait très probablement des dizaines de morts chaque jour des deux côtés. Cette fois, des responsables militaires affirment que les lieux stratégiques de la bourgade sont aux mains des forces de sécurité, qui s'échinent à venir à bout des dernières poches de la résistance tamoule.

Faire tomber le «mini-Etat» tamoul

Les autorités sri-lankaises proclament depuis des mois que leur armée est en passe de faire tomber Kilinochchi, où les LTTE entretiennent une police, des tribunaux et contrôlent même des banques. Le Sri Lanka espère ainsi démanteler ce «mini-Etat» tamoul dans le nord. La prise de la ville ne signerait pas la mort des Tigres, mais constituerait une défaite cuisante après 36 ans de conflit séparatiste (la plus longue guerre en cours en Asie) dans cette île de 20 millions d'habitants située au sud-est de l'Inde et qui fut colonie britannique jusqu'en 1948.

En lutte depuis 1972, les Tigres tamouls, hindouistes, se battent pour l'indépendance du nord et du nord-est du Sri Lanka, un pays peuplé à 75% de Cinghalais bouddhistes. Au moins 70.000 personnes ont été tuées en trois décennies, dont plusieurs milliers depuis le regain de violences de la fin 2005, correspondant à l'arrivée au pouvoir du président nationaliste Mahinda Rajapakse.

Même s'il parvient dans les prochaines heures à faire tomber la capitale rebelle, le Sri Lanka a toujours sous-estimé la puissance de frappe des LTTE. Son armée a certes enregistré des victoires ces derniers mois, mais elle bute sur une résistance acharnée des Tigres emmenés par leur chef suprême, Velupillai Prabhakaran. Ce dernier s'est encore engagé en novembre à chasser les militaires sri-lankais du pays. Ainsi, outre des attentats suicide, les Tigres ont mené ces 18 derniers mois des raids aériens humiliants contre des infrastructures de l'armée.