Liban : A Beyrouth, Emmanuel Macron appelle à un « gouvernement de mission »

DIPLOMATIE Le président français est arrivé lundi soir alors qu'un nouveau Premier ministre vient d'être nommé au Liban

20 Minutes avec AFP

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Emmanuel Macron à son arrivée à Beyrouth, au Liban, le 31 août 2020.
Emmanuel Macron à son arrivée à Beyrouth, au Liban, le 31 août 2020. — Bilal Hussein/AP/SIPA

C’est sa seconde visite en moins d’un mois. Le président français Emmanuel Macron a appelé à la mise en place d’un « gouvernement de mission » au « plus vite » à son arrivée lundi soir au Liban, quelques heures après la désignation d’un nouveau Premier ministre dans ce pays englué dans une profonde crise politique et économique.

« J’ai vu qu’un processus s’était enclenché ces dernières heures qui a permis de faire émerger une figure en tant que Premier ministre. Il ne m’appartient ni de l’approuver ni de l’adouber (…) mais de m’assurer que c’est bien un gouvernement de mission qui sera formé au plus vite pour mettre en oeuvre les réformes », a déclaré Emmanuel Macron à son arrivée à l’aéroport de Beyrouth. « Ma position est toujours la même, celle de l’exigence sans ingérence », a-t-il ajouté.

L’objectif de la visite du président français, la deuxième depuis l’explosion tragique du 4 août, est de tenter d’aider à sortir le pays du marasme mais aussi de célébrer le premier centenaire du Grand-Liban, proclamé dans ses frontières actuelles par le général français Henri Gouraud le 1er septembre 1920. « Nous aurons demain l’occasion, pas simplement de commémorer, mais d’essayer d’en tirer toutes les leçons et de nous projeter vers l’avenir », a déclaré le chef de l’Etat.

L’ambassadeur en Allemagne nommé Premier ministre

Quelques heures avant l’arrivée du président français, le Liban s’est doté d’un nouveau Premier ministre, son actuel ambassadeur en Allemagne Moustapha Adib, qui s’est engagé à appliquer sans tarder les réformes réclamées par la communauté internationale. Adib, un universitaire de 48 ans peu connu, a toutefois été choisi comme de coutume par la plupart des forces parlementaires traditionnelles, lors de consultations au palais présidentiel.

« L’heure est à l’action », a déclaré le nouveau Premier ministre, s’engageant à former en un « temps record » une équipe d'« experts » qui mènera « rapidement les réformes (…), avec comme point de départ un accord avec le Fonds monétaire international » (FMI). Dans un communiqué, le FMI a sobrement salué sa désignation, et répété son souhait de voir les autorités libanaises répondre à l’urgence de la crise.

Visite de Fairouz

Juste après son arrivée, Emmanuel Macron a retrouvé la chanteuse iconique Fairouz, rare symbole d’unité nationale, dans sa résidence située à Rabieh, en banlieue de Beyrouth. Il a décoré la diva libanaise de la légion d’honneur, et reçu en retour une toile. « C’était très beau et très fort. Je lui ai dit tout ce qu’elle représentait pour moi, d’un Liban (…) aimé et rêvé », a-t-il dit au micro d’une télévision locale à l’issue d’une visite de plus d’une heure.

Emmanuel Macron a par la suite été brièvement à la rencontre d’une foule survoltée. « Non à un gouvernement de dépannage » ou encore « Pas de cabinet par ou avec les meurtriers », pouvait-on lire sur des pancartes brandies par des manifestants qui l’attendaient. « Nous sommes un peuple libre » et « Moustapha Adib, non ! », a scandé en français la foule, saluée par Macron. Le chef de l’Etat français a achevé sa journée sur une rencontre à minuit avec l’ancien Premier ministre Saad Hariri à la Résidence des pins, celle de l’ambassadeur français.

« Etat laïc » ?

Moustapha Adib a été choisi dimanche par les poids lourds de la communauté sunnite, dont le chef du gouvernement doit être issu, la présidence allant selon la Constitution à un chrétien maronite et la présidence du Parlement à un musulman chiite. Ce choix a été rapidement critiqué par le mouvement de contestation populaire.

« Pas de confiance envers ceux qui continuent de s’accrocher à leurs postes et leurs palais, alors que nous enterrons nos victimes et pansons nos plaies », a tweeté Jad Chaaban, un professeur d’université, en référence à l’explosion au port de Beyrouth qui a fait au moins 188 morts et plus de 6.500 blessés.

« La biographie de Moustapha Adib montre bien qu’il est un homme du système, et qu’il doit sa nomination aux partis traditionnels », commente Nadim Houry, directeur de l’Initiative arabe de réforme, un centre de recherches. Son prédécesseur Hassan Diab avait démissionné le 10 août, quelques jours après l’explosion, qui a décuplé la colère de la population.