Australie : Les compagnies minières menacent de destruction plus de 100 sites aborigènes sacrés

PATRIMOINE La destruction partielle des grottes de Juukan, vieilles de 46.000 ans, pour agrandir une mine de fer a beaucoup choqué dans le pays

20 Minutes avec Agence

— 

Des gravures vieilles de 60.000 ans à Jinmium, en Australie.
Des gravures vieilles de 60.000 ans à Jinmium, en Australie. — REX FEATURES

Malgré l’adoption en 1972 d’une loi destinée à protéger le patrimoine des aborigènes d' Australie, certains sites sacrés de ces populations attisent la convoitise des entreprises minières. Le texte ne donne un droit de regard sur le sort réservé à un terrain qu’à ses propriétaires commerciaux et pas à ses propriétaires traditionnels, indique The Guardian.

Dans l’État d’Australie-Occidentale, 463 demandes d’autorisation visant à détruire ou modifier un site ont ainsi été déposées depuis 2010. Aucune de ces requêtes n’a été refusée. La destruction partielle aux explosifs des grottes de Juukan par le groupe Rio Tinto, numéro deux mondial de l’exploitation minière, en est un exemple marquant. En mai, l’opération a gravement endommagé un patrimoine préhistorique vieux de 46.000 ans et un endroit sacré pour les autochtones.

Des réunions trop techniques pour les aborigènes âgés ?

Elle a pourtant été menée dans la plus parfaite légalité à la suite d’une autorisation délivrée en 2013. Les propriétaires, les tribus Puutu Kunti Kurrama et Pinikura (PKKP), estiment que les réunions d’informations étaient trop techniques pour être comprises par les aborigènes âgés. Leurs représentants affirment également que Rio Tinto a été prévenu à plusieurs reprises de la valeur symbolique et archéologique des grottes.

Un an seulement après l’approbation du dynamitage, des fouilles archéologiques dans l’un des abris avaient mis au jour le plus ancien exemple connu d’outils en os en Australie -- un os de kangourou affûté datant de 28.000 ans -- et une tresse de cheveux vieille de 4.000 ans qui aurait été portée comme ceinture.

« Les sites aborigènes connus en Australie qui sont aussi anciens que celui-ci se comptent sur les doigts de la main », selon le président du Comité foncier Puutu Kunti Kurrama, John Ashburton, décrivant le site comme l’un des plus anciens sites occupés à l’échelle de tout le territoire.

Ce qui est légal et ce qui est bien

L’opération menée pour agrandir la mine de fer Brockman 4 a beaucoup choqué en Australie, y compris dans les milieux d’affaires. « Cela pose la question de ce qui est légal, par opposition à ce qui est bien. C’est quelque chose que les entreprises et les investisseurs sont de plus en plus poussés à prendre en compte », analyse Danielle Welsh-Rose, directrice des investissements pour la région Asie-Pacifique d’un des actionnaires de Rio Tinto, citée par Bloomberg.

Le géant minier s’est dit « désolé des difficultés causées » dans un communiqué. Courrier International rapporte pour sa part que 4 millions d’euros de primes destinées à trois hauts dirigeants de Rio Tinto ont été annulées. On estime à une centaine le nombre de sites aborigènes menacés par les opérations minières en Australie.