Turquie : Recep Tayyip Erdogan s’en prend aux dirigeants grecs et français, « cupides et incompétents »

TENSIONS Les tensions sont vives entre la Turquie et la Grèce, soutenue par la France, qui se disputent le partage des immenses ressources gazières en Méditerranée 

20 Minutes avec AFP

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Le président turc Recep Tayyip Erdogan à Ankara le 2 janvier 2020.
Le président turc Recep Tayyip Erdogan à Ankara le 2 janvier 2020. — /AP/SIPA

Dans un contexte de vives tensions entre Ankara, Athènes et Paris en Méditerranée orientale, le président turc Recep Tayyip Erdogan a qualifié, ce dimanche, les dirigeants de la France et de la Grèce de « cupides et incompétents ».

Dimanche, la Turquie célébrait le Jour de la victoire, une fête nationale marquant la mise en déroute des forces grecques par l’armée de Mustafa Kemal Atatürk, en 1922, lors de la guerre d’indépendance turque.

« A nos ennemis, nous disons "chiche !" »

Un siècle plus tard, Ankara et Athènes, qui se disputent le partage des immenses ressources gazières en Méditerranée, font rouler les tambours de guerre, multipliant les manœuvres navales sous les yeux d’une Europe préoccupée. « Le peuple grec accepte-t-il ce qui risque de lui arriver à cause de ses dirigeants cupides et incompétents ? », a lancé Recep Tayyip Erdogan lors d’un discours à Ankara. « Le peuple français sait-il le prix qu’il devra payer à cause de ses dirigeants cupides et incompétents ? », a-t-il ajouté.

Ces propos reflètent la volatilité de la situation en Méditerranée, après trois semaines d’une escalade déclenchée le 10 août par le déploiement d’un navire de recherche sismique turc dans des eaux revendiquées par Athènes. « Lorsqu’il s’agit de combattre, nous n’hésitons pas à donner des martyrs (…) La question est la suivante : ceux qui s’érigent contre nous en Méditerranée et (au Proche-Orient) sont-ils prêts aux mêmes sacrifices ? », a-t-il déclaré, avant d’ajouter : « A nos ennemis, nous disons "chiche !" ».

Une extension des eaux territoriales grecques en cause

Les tensions entre Ankara et Athènes sont notamment cristallisées autour de la petite île grecque de Kastellorizo, située à deux kilomètres au large des côtes turques. La Grèce soutient que le droit d’exploiter les ressources naturelles autour de cette île lui appartient, ce que la Turquie refuse. La publication par la presse d’images montrant des militaires grecs arrivant à Kastellorizo ces derniers jours a suscité la colère d’Ankara.

« Ces provocations ne serviront en rien les intérêts de la Grèce. Si la Grèce continue de faire monter les tensions dans la région, c’est elle qui sera perdante », a déclaré dimanche le porte-parole du ministère turc des Affaires étrangères, Hami Aksoy, dans un communiqué. Ankara, qui se montre inflexible face aux menaces de sanctions européennes, a par ailleurs annoncé samedi de nouvelles manœuvres militaires au nord de l’île de Chypre. Et le vice-président turc Fuat Oktay a mis en garde le même jour contre toute extension des eaux territoriales grecques à 12 milles marins, contre six actuellement. Ce serait un « casus belli », a-t-il déclaré.

La France souhaite un « dialogue constructif » avec la Turquie

Dans cette crise, la France a affiché son soutien à la Grèce en renforçant sa présence militaire en Méditerranée orientale. Vendredi, le président français Emmanuel Macron a dit souhaiter réengager un « dialogue constructif » avec la Turquie, mais défendu une « politique de la ligne rouge » dès qu’il s’agit « de la souveraineté en Méditerranée ».

Le ministère turc des Affaires étrangères a vivement dénoncé dimanche les propos d’Emmanuel Macron. « Ceux qui croient tracer des lignes rouges ne feront que constater notre détermination », a indiqué son porte-parole, Hami Aksoy. « Il est temps, pour ceux qui se voient dans un miroir grossissant, d’accepter la réalité : l’époque où les impérialistes traçaient les lignes sur les mappemondes est révolue », a-t-il ajouté.