Présidentielle américaine : Dans la bataille Trump-Biden, les conventions n’ont sans doute rien changé

USA 2020 Démocrates et républicains se posent en défenseurs du rêve américains mais leur pitch, destiné à leur base, ne devrait pas faire bouger les lignes chez les indécis

Philippe Berry

— 

Joe Biden face à Donald Trump (photomontage).
Joe Biden face à Donald Trump (photomontage). — SIPANY/SIPA - JAE HONG/SIPA

Deux conventions pour rien ? A deux mois de la présidentielle du 3 novembre, Joe Biden et Donald Trump ont chacun livré leur plaidoyer final aux électeurs. En faisant de ce scrutin une « bataille pour l’âme de l’ Amérique », les deux candidats ont surtout cherché à mobiliser leur base, sans véritablement s’adresser aux 10 à 15 % d’indécis qui devraient faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre. Si Joe Biden conserve sept points d’avance dans les sondages, la partie est encore loin d’être jouée. Avec, en arbitre d’un référendum pour ou contre Donald Trump, le coronavirus et les tensions raciales qui rendent la situation particulièrement instable.

Deux conventions sans surprise ni raté majeur

Alors que le bilan du Covid-19 a dépassé les 180.000 morts aux Etats-Unis, les démocrates ont tenu une convention essentiellement virtuelle. Ils ont mis en avant des Américains affectés par la pandémie, et Joe Biden a accusé le président américain d’avoir « failli à sa mission la plus importante : protéger les Américains ». Promettant de ramener « la lumière après les années sombres » de Donald Trump, le candidat démocrate a fait des injustices raciales sa priorité et a choisi Kamala Harris pour l’accompagner.

Donald Trump, lui, s’est offert un couronnement controversé devant 1.000 supporteurs rassemblés dans les jardins de la Maison Blanche. Il s’est posé en « protecteur du rêve américain », accusant Joe Biden d’être « aux ordres de la gauche radicale. » Adoptant un ton dur face aux manifestations marquées par des violences à Kenosha, il a répété qu’il serait « le président de la loi et l’ordre » et juré « de toujours défendre les policiers ».

Disciplinés, les deux hommes ont évité toute polémique majeure – Donald Trump a lu son téléprompteur d’un ton monotone sans trop s’en écarter et Joe Biden s’est réveillé avec un discours affûté. Pour Doug Heye, ancien porte-parole du parti républicain, « les deux conventions ne devraient avoir aucun impact » sur le scrutin.

Un écart stable, avec sept points d’avance pour Biden

Selon la moyenne des sondages établie par RealClearPolitics, Joe Biden compte actuellement sept points d’avance au niveau national sur Donald Trump. Depuis un an, l’écart reste relativement stable, oscillant entre quatre et dix points d’écart. Hillary Clinton, elle, avait également fait la course en tête mais la course s’était resserrée à plusieurs reprises, et pas uniquement dans la dernière ligne droite.

Le président américain, lui, double la mise et fait le pari de la « majorité silencieuse ». Plusieurs démocrates ont averti leurs collègues ces dernières semaines : le vote Trump reste sans doute sous-estimé, même si les instituts de sondages ont tenté de corriger leurs échantillons de 2016 dans lesquels les électeurs diplômés étaient surreprésentés.

Huit Etats cruciaux, avec le Covid-19 et l’insécurité dans la balance

Fin juillet, 13 % des Américains se disaient encore indécis. C’est moins qu’à la même époque en 2016 (20 %). Si Donald Trump avait créé la surprise au Midwest, c’est notamment car ceux qui s’étaient décidés à la dernière minute l’avaient nettement favorisé. Cette année encore, l’élection devrait se jouer dans huit Etats : Géorgie, Ohio, Caroline du Nord, Arizona, Floride, Wisconsin, Pennsylvanie et Minnesota, où Trump et Biden sont au coude à coude.

A deux mois du scrutin, l’économie et la pandémie de coronavirus restent la préoccupation numéro 1 des Américains. Dans son discours, Donald Trump a promis un vaccin « avant la fin de l’année ». Si une annonce juste avant l’élection pourrait avoir un impact majeur, c’est avant tout l’évolution des courbes du chômage et des décès qui pèsera le plus, estime Doug Heye.

Du côté des manifestations contre les brutalités policières, les débordements et les violences permettent à Donald Trump d’agiter le spectre de l’insécurité et de l’anarchie, expliquait en mai à 20 Minutes Omar Wasow, enseignant-chercheur en sciences politiques à Princeton spécialiste des questions raciales. A l’inverse, les manifestations pacifiques aident les démocrates en boostant la participation des minorités sans effrayer les électeurs blancs des banlieues aisées. Au final, si Joe Biden a pour l’instant l’avantage, 2020 a prouvé une chose : tout peut très vite changer.