Présidentielle américaine : Devant 1.000 personnes, Donald Trump s’offre un couronnement controversé à la Maison Blanche

USA 2020 Le président américain est accusé d'avoir enfreint des règles éthiques en politisant ce lieu symbolique, et la foule est loin d'avoir respecté les recommandations sanitaires

Philippe Berry

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Pendant son discours d'investiture du parti, Donald Trump se déchaîne contre Joe Biden et créé une double polémique — 20 Minutes

Son discours, long et monotone, ne rentrera pas dans l’histoire. Mais en acceptant l’investiture du parti républicain depuis les jardins de la Maison Blanche devant plus de 1.000 supporteurs, jeudi soir, Donald Trump s’est offert une double polémique éthique et sanitaire.

Même en extérieur, les autorités sanitaires (CDC) recommandent le port du masque « en public, surtout dans les situations où les mesures de distanciation sociale sont difficiles à respecter ». Et lors de la grand-messe trumpienne, jeudi soir, avec des chaises collées les unes aux autres sur les pelouses de la Maison-Blanche, environ trois quarts des personnes avaient le visage découvert, selon les photos.

Tout au long des quatre jours de la convention, les républicains, à l’exception de Melania Trump, ont parlé du coronavirus au passé, alors que le pays continue d’enregistrer plus de 1.000 décès par jour, avec un bilan qui dépasse désormais les 180.000 morts. Jeudi, Donald Trump a promis un vaccin « avant la fin de l’année, et peut-être plus tôt ».

Politisation d’un lieu symbolique

Selon le projet initial, Donald Trump devait accepter son investiture à Charlotte devant plus de 20.000 personnes. Mais les autorités sanitaires de Caroline de Nord ayant refusé de lui garantir que cela serait possible, le président américain avait jeté son dévolu sur la Floride. Qui a connu à son tour un pic de Covid en juin-juillet. Donald Trump a alors annoncé qu’il ferait son discours à la Maison Blanche.

Les démocrates et de nombreux experts en éthique ont vertement critiqué ce choix. Jamais à l’époque moderne, en plus de 80 ans, un président sortant n’avait utilisé la Maison Blanche pour un discours d’investiture. C’est parce qu’il existe une loi (Hatch Act) qui interdit aux employés fédéraux, à l’exception du président et du vice-président, de mener des activités politiques pendant qu’ils sont au service de l’Etat. Par extension, la Maison Blanche, surnommée « The people house », est restée par tradition un lieu neutre pour éviter de donner un avantage au sortant.

« Des milliers d’infractions »

Donald Trump est même allé plus loin en organisant une cérémonie de naturalisation en pleine convention, et son secrétaire d’Etat Mike Pompeo est intervenu depuis Jérusalem, ce qui est censé être interdit pour un ministre.

« Vous voyez ce que je vois ? Des milliers d’infractions au Hatch act, une pour chaque employé fédéral qui a aidé ou participé à cette mise en scène révoltante », estime Norm Eisen, ex-Mr. éthique de l’administration Obama. Donald Trump, lui, s’en est amusé.

« C’est un lieu où je me sens bien, c’est un lieu où le pays se sent bien », a-t-il déclaré en se tournant vers la résidence, avant de conclure : « Au bout du compte, je suis là, nous sommes là, et pas eux. »