Gaza: à quoi faut-il s'attendre maintenant?

PERSPECTIVES Y'a-t-il un risque d'embrasement au Proche-Orient? Quel avenir pour le Hamas? Les Etats-Unis ou l'Europe ont-elles un rôle à jouer? L'offensive va-t-elle peser dans les législatives israéliennes?...

Catherine Fournier

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Lundi, des renforts d'infanterie et de blindés ont été déployés à la lisière de la bande de Gaza, selon des photographes de l'AFP.
Lundi, des renforts d'infanterie et de blindés ont été déployés à la lisière de la bande de Gaza, selon des photographes de l'AFP. — Jack Guez AFP

Alors que l'offensive israélienne sur la bande de Gaza est entrée dans son dixième jour ce lundi, 20minutes.fr fait le point sur les perspectives du conflit, sur le plan intérieur et international.

>> L'offensive israélienne en images, c'est ici

Y'a-t-il un risque d'embrasement dans la région?
L'offensive israélienne a déclenché une série de d'incidents en Cisjordanie et ce lundi, le Hamas et le Hezbollah libanais ont appelé les Palestiniens à mener une troisième Intifada (>> pour lire notre reportage à Beyrouth, cliquez ici). «L'identité palestinienne et l'idée de résistance restent très fortes dans les Territoires», observe Antoine Sfeir, directeur des «Cahiers de l'Orient». «Le Hamas n'est pas très influent en Cisjordanie (dirigée par l'Autorité palestinienne, ndlr)», tempère Alain Dieckhoff, directeur de recherche au Ceri Sciences-Po. «Mahmoud Abbas et le Fatah sont parvenus à instaurer une certaine stabilité socio-économique et politique en Cisjordanie, notamment grâce aux aides de la communauté internationale, et pour la première fois, la population a quelque chose à perdre», renchérit Frédéric Encel, professeur à Sciences-Po et à l'école supérieure de gestion de Paris. Du côté du Liban, la crainte d'une ouverture d'un autre front au nord par le Hezbollah est diversement partagée. «Le Hezbollah joue pro domo», estime Frédéric Encel. Mais «si l'Iran décide de rentrer dans le conflit, le Hezbollah suivra», juge au contraire Antoine Sfeir.

Pour l'instant, les dirigeants des pays arabes restent, eux, relativement silencieux. Selon Frédéric Encel, les mouvements islamistes représentent un risque de déstabilisation pour les partis au pouvoir, comme en Egypte avec les Frères musulmans. Les relations entre ce pays et le Hamas se sont d'ailleurs refroidies après que le Caire a accusé le mouvement islamiste d'avoir torpillé ses efforts en faveur d'une réconciliation interpalestinienne. La population, elle, manifeste son mécontentement à travers une vague de manifestations en Syrie, en Irak, à Dubai ou encore en Egypte. Mais «“La rue arabe” n'a jamais fait réussi à faire chuter un régime politique», rappelle Frédéric Encel.

Quelles conséquences sur le plan politique?
La proximité des élections législatives israéliennes (en février 2009) avec l'offensive lancée à Gaza n'a échappé à aucun observateur. C'est une période cruciale pour le gouvernement, avec la candidature de deux poids lourds, Ehud Barak, à la Défense, et Tzipi Livni, aux Affaires étrangères, au poste de Premier ministre. «Ils ne pouvaient pas se présenter avec un bilan lamentable à Gaza», note Frédéric Encel, qui doute toutefois que l'opération lancée samedi, même réussie, fasse sortir le gouvernement «d'un taux d'impopularité record depuis 1948. Et puis les Israéliens préfèrent généralement l'original à la copie», ajoute-t-il, faisant allusion à Benjamin Netanyahou, leader du Likoud, le parti de droite donné gagnant.

Du côté palestinien, «la guerre sans merci» menée par Israël réussira-t-elle à affaiblir politiquement le Hamas et ses alliés? «Elle aura au contraire pour effet d'unifier les différents courants au sein du mouvement islamiste. Le Hamas est toujours sorti renforcé des périodes de violence sur le plan de la popularité», constate Dominique Thomas, chercheur à l'école des Hautes études en sciences sociales et spécialiste des mouvements islamistes. Selon lui, la position du Fatah et de Mahmoud Abbas est plus délicate: «Il ne pourra pas reconstruire une Autorité palestinienne digne de ce nom s'il ne reconnaît pas la légitimité du mouvement islamiste et de la résistance palestinienne.» Selon Frédéric Encel, Mahmoud Abbas est même la première victime politique de l'attaque israélienne. «Elle décrédibilise ses efforts de négociation avec l'Etat hébreu.»

Comment sortir du conflit?
La communauté internationale a indéniablement un rôle à jouer pour l'instauration d'une nouvelle trêve. Au Caire, le ministre égyptien des Affaires étrangères Ahmed Aboul Gheit a affirmé à l'issue d'un entretien avec le président palestinien Mahmoud Abbas que l'Egypte tentait de négocier un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas. Mais pour Antoine Sfeir, seuls les Etats-Unis, «que ce soit Bush ou Obama, peuvent intervenir fermement pour imposer à Israël et au Hamas de s'asseoir à la table des négociations». D'autres voient surtout une fenêtre ouverte pour l'Europe, renforcée politiquement après six mois de présidence française. «C'est le moment pour elle d'intervenir, alors que l'administration américaine est en transition», affirme Frédéric Encel. Si une intervention extérieure permettrait peut-être un cessez-le-feu, ces nouvelles violences entament durement le processus de paix. «Avant toute chose, un règlement politique interne dans les Territoires palestiniens est absolument nécessaire pour avancer», conclut Dominique Thomas.