Raids israéliens sur la bande de Gaza: Le Hezbollah libanais appelle à une troisième intifada

De notre correspondant à Beyrouth, David Hury

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Au Liban, des milliers de Palestiniens ont manifesté dans les camps de réfugiés et à Beyrouth, des centaines de manifestants se sont rassemblés près de l'ambassade d'Egypte.
Au Liban, des milliers de Palestiniens ont manifesté dans les camps de réfugiés et à Beyrouth, des centaines de manifestants se sont rassemblés près de l'ambassade d'Egypte. — Ramzi Haidar AFP

«L’objectif d’Israël à Gaza est d’anéantir ce qui reste de la résistance et de la volonté du peuple palestinien. Je soutiens l’appel à une 3e Intifada», a exhorté Hassan Nasrallah, le secrétaire général du Hezbollah, lors d’un second discours sur écran géant en moins de 24 heures.

Dimanche soir, il avait appelé à une grande manifestation ce lundi dans la banlieue sud de la capitale libanaise, en soutien aux Palestiniens. Sous un ciel de plomb, des milliers de sympathisants, brandissant les drapeaux jaunes de leur parti ainsi que le drapeau palestinien, ont répondu présents. «Tenez-vous prêts à répondre à n’importe quel ordre pour soutenir nos frères à Gaza!», a conclu le leader chiite sous un tonnerre d’applaudissements.

Depuis samedi, le ton monte au Liban. Plusieurs manifestations ont eu lieu à Beyrouth mais aussi dans les camps de réfugiés palestiniens et dans certains fiefs du Hezbollah comme la plaine de la Bekaa et le Sud-Liban. En tête de pont de la contestation, le Parti de Dieu rejette toute neutralité face au siège de la bande de Gaza, et appelle les peuples arabes à se soulever contre leurs dirigeants jugés trop tièdes, avec en ligne de mire l’Egypte, la Jordanie et les monarchies pétrolières. Ce soutien sans faille du Hezbollah libanais au Hamas palestinien – l’un chiite et l’autre sunnite – s’explique par un combat idéologique commun contre Israël et les Etats-Unis, mais aussi par leurs liens logistiques et financiers.

«La guerre, plus on en parle, moins on la fait»

A Beyrouth, les deux derniers discours de Hassan Nasrallah étaient très attendus, de part et d’autre de l’échiquier politique interne. Au centre du jeu, Nasrallah – qui mène l’opposition parlementaire – a demandé au président Michel Sleiman de jouer un rôle prépondérant au sein de la Ligue arabe afin de trouver une solution rapide en faveur des Palestiniens. Côté majorité, les positions sont beaucoup plus prudentes. Samir Geagea, le chef des Forces libanaises, craint que «le Liban ne se laisse entraîner dans une autre tragédie», faisant référence au scénario de juin-juillet 2006, durant lequel Israël avait mené l’opération «Pluie d’été» à Gaza avant de se lancer dans un conflit contre le parti chiite libanais.

Dans la foulée, Antoine Zahra, l’un des lieutenants de Geagea, a accusé le Hezbollah de faire passer ses alliances stratégiques régionales avant l’intérêt national.
Entre temps, la tension est montée d’un cran au Sud-Liban, théâtre des affrontements de juillet 2006. L’armée libanaise est en état d’alerte tandis que les Casques bleus de la Finul ont reçu l’ordre de redoubler de vigilance. Lundi, l’aviation israélienne a poursuivi ses vols à basse altitude au-dessus de la région frontalière, procédant même à des raids fictifs selon l’armée libanaise. Dans son dernier discours, Nasrallah a prévenu que toute opération terrestre à Gaza se solderait par un échec, comme lors de la «victoire divine» du Hezbollah en 2006. Les Libanais, eux, veulent laisser passer l’orage, comme Adla, une Beyrouthine de 49 ans, qui lâche : «La guerre, plus on en parle, moins on la fait…».

De notre correspondant à Beyrouth, David Hury