Affaire Navalny : Moscou critique la hâte des médecins allemands qui ont confirmé l’empoisonnement

TENSIONS Lundi, les médecins allemands ont conclu à l’empoisonnement de l’opposant russe Alexeï Navalny, transféré dans un hôpital de Berlin

Manon Aublanc

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Alexei Navalny quitte le centre de détention à Moscou, le 14 juin 2018.
Alexei Navalny quitte le centre de détention à Moscou, le 14 juin 2018. — Dmitry Serebryakov/AP/SIPA

Pour la Russie, les médecins allemands qui ont annoncé que  l’opposant russe Alexeï Navalny avait été empoisonné ont tiré des conclusions hâtives, a déclaré le Kremlin ce mardi.

« L’analyse médicale de nos médecins et celle des Allemands concordent complètement. Mais leurs conclusions diffèrent. Nous ne comprenons pas cet empressement chez les collègues allemands », a dit Dmitri Peskov, porte-parole du président Vladimir Poutine. Selon lui, l’empoisonnement « est une piste parmi d’autres. Mais il y a beaucoup d’autres pistes médicales ».

Une substance dangereuse à haute dose

Les médecins berlinois soignant Alexeï Navalny ont annoncé lundi avoir conclu qu’il avait été intoxiqué par « une substance du groupe des inhibiteurs de la cholinestérase », mais sans pouvoir préciser dans l’immédiat laquelle.

Cette enzyme est susceptible d’être utilisée, à faible dose, contre la maladie d’Alzheimer. Mais en fonction du dosage, elle peut être très dangereuse et produire aussi des agents neurotoxiques puissants, du type de l’agent innervant Novitchok. Dimitri Peskov a insisté sur le fait qu'« aucune substance n’a été identifiée » par les médecins allemands.

Aucune certitude pour les médecins russes

Selon lui, les médecins russes avaient aussi constaté qu’Alexeï Navlany souffrait d’un niveau de cholinestérase trop bas, mais que l’on ne pouvait en déduire pour autant qu’il y avait empoisonnement.

« Cette baisse (de cholinestérase) peut avoir de nombreuses causes, notamment la prise de certains médicaments. Il faut établir la cause, et cette cause ni nos médecins ni les Allemands ne l’ont identifiée », a-t-il estimé, soulignant que la Russie serait « reconnaissante » si une substance était découverte en Allemagne. « Nous ne savons pas s’il y a eu empoisonnement ou non », a-t-il conclu.