Biélorussie : L'opposition de nouveau dans la rue face à un Loukachenko intraitable

ELECTIONS Les manifestants veulent dénoncer la réélection d’Alexandre Loukachenko, qu’ils jugent frauduleuse

Delphine Bancaud

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Les partisans de l'opposition se rassemblent pour protester contre les résultats contestés des élections présidentielles à Minsk le 23 août 2020.
Les partisans de l'opposition se rassemblent pour protester contre les résultats contestés des élections présidentielles à Minsk le 23 août 2020. — AFP

Les détracteurs du président biélorusse ont commencé à se rassembler dimanche à Minsk, pour une nouvelle manifestation destinée à maintenir la pression sur le régime confronté à un mouvement de contestation historique. Au pouvoir depuis 26 ans, Alexandre Loukachenko, 65 ans, a de son côté juré de «régler le problème» de la contestation, fruit d’un complot occidental selon lui, et même mis en état d’alerte l’armée samedi, accusant l’Otan de manœuvrer aux frontières de la Biélorussie. Des milliers de personnes, parmi lesquelles des ouvriers de l’emblématique usine de tracteurs MTZ, se dirigeaient vers le centre de la capitale Minsk, brandissant l’étendard blanc et rouge de l’opposition (qui fut le premier drapeau de la Biélorussie indépendante de l’URSS de 1991 à 1995), selon un journaliste de l’AFP. Déjà rassemblés dans le centre-ville, des milliers d’autres manifestants scandaient, entre autres slogans, « Liberté ! » et « Loukachenko dans le fourgon cellulaire ! ».

Les forces antiémeutes, armées notamment de canons à eau, ont été déployées en nombre, selon des journalistes de l’AFP. Peu avant le début de la manifestation, le ministère de l’Intérieur a mis en garde contre des rassemblements « illégitimes » et appelé les citoyens à « la sagesse ». Le ministère de la Défense a prévenu qu’en cas de troubles près des mémoriaux de la Deuxième guerre mondiale, des lieux de manifestations ces deux dernières semaines, les responsables auraient à faire « non pas à la police, mais à l’armée ». Les opposants espèrent répéter dimanche le succès du 16 août, lorsque plus de 100.000 personnes ont manifesté à Minsk pour dénoncer la réélection qu’elles jugent frauduleuse le 9 août d’Alexandre Loukachenko, ainsi que la brutale répression ayant suivi.

Un bras de fer dans la durée

« Je suis si fière des Biélorusses maintenant, car, après 26 ans de peur, ils sont prêts à défendre leurs droits », a confié samedi à l’AFP la cheffe de file de l’opposition biélorusse, Svetlana Tikhanovskaïa, réfugiée en Lituanie, qui affirme avoir remporté le scrutin. « Je les appelle à continuer », a-t-elle ajouté. Après deux semaines d’actions de protestation, la manifestation de dimanche doit prouver que l’opposition peut imposer à Alexandre Loukachenko un bras de fer dans la durée, afin de le forcer à négocier son départ. Le président biélorusse est jusqu’ici resté droit dans ses bottes et a pu compter sur la fidélité de l’armée, de la police et des services secrets, même s’il a enregistré des défections dans les médias d’Etat et des entreprises publiques. Les partisans du président ont aussi prévu dimanche des manifestations de soutien avec des cortèges de voitures.

Samedi, Alexandre Loukachenko a profité d’une inspection des unités militaires déployées près de la frontière polonaise, pour présenter la contestation comme un complot ourdi à l’étranger. Il a placé les forces armées en état d’alerte « pour défendre l’intégrité territoriale » de son pays, menacée selon lui par d'« importants agissements des forces de l’Otan à proximité » des frontières, sur les territoires polonais et lituanien. L’Alliance a démenti tout « renforcement militaire dans la région ».

L’Union européenne envisage des sanctions contre le pouvoir biélorusse

Svetlana Tikhanovskaïa a de son côté condamné une tentative de « détourner (l’attention) des problèmes intérieurs ». Avant le scrutin, le président biélorusse accusait la Russie de Vladimir Poutine de travailler en sous-main pour le faire tomber, mais face à la vague de protestation, il a opéré un virage à 180°, se targuant du soutien du Kremlin dans sa lutte face aux tentatives occidentales de déstabilisation. Les autorités biélorusses ont par ailleurs engagé cette semaine des poursuites pour « atteintes à la sécurité nationale » contre le « Conseil de coordination » formé par l’opposition pour promouvoir une transition politique post-électorale. Alexandre Loukachenko a quant à lui menacé de représailles les grévistes contestant son pouvoir, évoquant des licenciements ou la fermeture de chaînes de production.

Cette tactique semble porter des fruits, le nombre des débrayages dans les usines d’Etat, les piliers du système économico-social biélorusse, ayant baissé cette semaine. Le président a aussi dit avoir remplacé les membres démissionnaires des rédactions de médias d’Etat par des journalistes arrivés de Russie. Moscou a pour sa part signifié son soutien à Alexandre Loukachenko, malgré des relations tendues ses derniers mois, tandis que l'Union européenne a prévu de sanctionner le pouvoir biélorusse.