Dix ans après, les plaies toujours à vif du génocide rwandais

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L’offense faite aux Rwandais. Huit chefs d’Etat et de gouvernement sont attendus aujourd’hui à Kigali pour les cérémonies du dixième anniversaire du génocide rwandais. Huit hommes d’Etat, dont un seul Occidental. Excepté la Belgique qui sera représentée par le Premier ministre Guy Verhofsadt, aucune puissance occidentale n’a daigné envoyer un haut responsable dans la capitale rwandaise. Ni Kofi Annan, secrétaire général des Nations unies, ni George Bush ni Jacques Chirac ne seront présents. A leur place, des seconds couteaux comme Renaud Muselier, secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, pour la France. Une marque d’indifférence à la tragédie rwandaise qui a provoqué l’indignation du président Paul Kagamé et de plusieurs autres chefs d’Etat africains. Pour le pouvoir rwandais, ces absences rappellent, dix ans plus tard, la quasi-indifférence de l’Occident devant le génocide qui s’est déroulé d’avril à juillet 1994. Dimanche, le président Kagamé a fustigé « l’échec délibéré de la communauté internationale » de l’époque, « un échec qui arrange tout le monde ». Le Rwanda, qui pointait l’an passé à la 158e place des pays les plus défavorisés, peine à se remettre de ce « premier génocide africain », selon l’ONU. De nombreux Hutus, responsables supposés du génocide, sont toujours en fuite à l’étranger, notamment en République démocratique du Congo voisine. Des milliers de tueurs attendent leur procès dans des prisons surpeuplées. Plusieurs ont obtenu des remises de peine pour avoir avoué leurs crimes. A ce jour, le Tribunal pénal international pour le Rwanda, installé par l’ONU en Tanzanie, a jugé seulement 21 personnes. Ses travaux doivent s’achever en 2008. Dix ans après le génocide, rescapés et bourreaux vivent sur les mêmes collines. Le Front patriotique rwandais, ancienne rébellion tutsie, dirige le pays et tient tous les pouvoirs. Le sujet ethnique est devenu tabou. Mais il demeure présent dans tous les esprits.