Coronavirus : La pandémie va-t-elle jeter 100 millions de personnes supplémentaires dans l’extrême pauvreté ?

POPULATION Plus de 700 millions de personnes vivent déjà dans l’extrême pauvreté, soit avec moins de 1,90 dollar par jour

20 Minutes avec AFP

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Illustration coronavirus en Bolivie
Illustration coronavirus en Bolivie — Juan Karita/AP/SIPA

La crise liée à l'épidémie de Covid-19 pourrait entraîner 100 millions de personnes supplémentaires dans l'extrême pauvreté à travers le monde. C’est plus encore que précédemment estimé, a alerté jeudi le président de la Banque mondiale David Malpass, dans un entretien à l’AFP.

L’institution estime que 70 à 100 millions de personnes pourraient tomber dans l’extrême pauvreté, et « ce nombre pourrait augmenter » si la pandémie s’aggrave ou dure, a-t-il dit. Une précédente estimation faisait état de 60 millions de personnes.

Remboursements de la dette des pays les plus pauvres suspendus jusqu’à fin 2020

Cela rend « impératif », pour les créanciers, de réduire la dette des pays pauvres, a déclaré David Malpass, allant ainsi plus loin que les appels à prolonger le moratoire sur la dette des pays les plus pauvres.

Pour autant, les pays concernés seront plus nombreux à devoir restructurer leur dette. « Les vulnérabilités liées aux dettes sont élevées, et il est impératif (pour les pays endettés) de voir la lumière au bout du tunnel afin d’attirer de nouveaux investisseurs », a ajouté le président de la Banque mondiale, en poste depuis 2019.

Les pays du G20 ont décidé en avril de suspendre jusqu’à fin 2020 les remboursements de la dette des pays les plus pauvres. Des ONG, mais aussi la Banque mondiale, appellent à prolonger jusqu’en 2021 ce moratoire, qui concerne 76 pays. Les pays du G20 se prononceront d’ici octobre, date de leur prochaine réunion.

Des pays qui auront du mal à honorer les remboursements

Mais cela ne sera pas suffisant, estime David Malpass, car le ralentissement économique signifie que ces pays, qui peinent déjà à offrir un filet de sécurité sociale à leurs citoyens, auront du mal à honorer ces paiements.

Le montant de la réduction de cette dette doit dépendre de la situation de chaque pays, a-t-il souligné. L’institution a déployé 160 milliards de dollars d’aide d’urgence à une centaine d’Etats, dont environ 21 milliards avaient été débloqués à la fin du mois de juin.

« Dépression pandémique »

En 2015, estimation la plus récente donnée sur le site de la Banque mondiale, quelque 734 millions d’habitants vivaient déjà dans l’extrême pauvreté, soit environ 10 % de la population mondiale. Mais l’extrême pauvreté, vivre avec moins de 1,90 dollar par jour, continue d’augmenter depuis le début de la pandémie.

Cette détérioration est due aux destructions d’emplois pendant la pandémie liée aux difficultés d’approvisionnement, qui compliquent l’accès à la nourriture. La chef économiste de la Banque Mondiale Carmen Reinhart, qui a récemment pris ses fonctions, avait appelé cette crise économique une « dépression pandémique ». « On peut commencer à appeler cela une dépression. Nous nous concentrons maintenant sur la manière d’aider les pays à rebondir », a commenté le président de l’institution.

Un cadre pour organiser la suspension de la dette

David Malpass s’est dit « frustré » par la lenteur des avancées, côté créanciers privés, pour la suspension de la dette des pays pauvres.

Un cadre pour organiser la suspension de cette dette a été développé par l’Institute for International Finance - association internationale des acteurs de la finance (banques, fonds privés, assureurs, banques centrales, fonds souverains). Mais mi-juillet, les banques membres de cette organisation n’avaient encore reçu aucune demande.

La Chine est l’un des plus importants créanciers des pays pauvres

Pour aider les pays qui en ont besoin, il est également important d’avoir une vision claire de la taille de la dette de chacun et des pays impliqués, a souligné David Malpass.

La Chine est l’un des plus importants créanciers de beaucoup de ces pays, et le gouvernement « participe au processus » visant à rendre plus transparentes la structure de leurs dettes, a-t-il encore dit, estimant toutefois qu’il faut faire plus pour comprendre les termes des prêts consentis à certains pays.

« Rouvrir les marchés »

Quant aux gouvernements des économies avancées, ils ont jusqu’à présent été « généreux » dans leur soutien aux pays en voie de développement, mais « le principal problème est que leurs économies sont faibles », a encore expliqué le président de l’institution de Bretton Woods.

« Le plus important que puissent faire les économies avancées pour les pays développés », est, selon David Malpass, de « fournir de la clientèle, (…) commencer à croître et commencer à rouvrir les marchés ».