Californie : Sursis pour Lyft et Uber sur le statut des chauffeurs, pas d’interruption de service

TRANSPORTS Un bras de fer judiciaire s'est engagé, alors que les leaders du VTC refusent de faire de leurs chauffeurs des employés

20 Minutes avec AFP

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Illustration de l'application Uber.
Illustration de l'application Uber. — Omar Marques / SOPA Images/Sipa /SIPA

L’option nucléaire n’est pas pour tout de suite. Lyft, le rival américain d’Uber, ne va finalement pas interrompre son service de réservation de voitures avec chauffeurs (VTC) jeudi à 23H59 en Californie, après que la cour d’appel a accordé un délai aux deux entreprises dans la requalification des conducteurs en employés.

Un juge de cet Etat américain avait donné dix jours, soit jusqu’à vendredi, aux deux sociétés pour se mettre en conformité avec une loi sur le statut des travailleurs indépendants, mais la cour d’appel a mis cet ordre en pause le temps de résoudre la bataille judiciaire en cours, cruciale pour le modèle de la « gig economy » (économie à la tâche).

Sociétés technologiques ou de transport ?

Les deux entreprises basées à San Francisco se considèrent comme des plateformes technologiques, qui mettent en relation les conducteurs et les passagers, et non comme des sociétés de transport.

La loi AB5, entrée en vigueur en Californie le 1er janvier, a été rédigée avec Uber et Lyft en ligne de mire. Les élus politiques entendent ainsi les forcer à accorder des avantages sociaux (assurances maladie et chômage, heures supplémentaires, etc) à leurs dizaines de milliers de chauffeurs californiens, considérés comme des travailleurs indépendants, qui travaillent souvent dans des conditions précaires.

Les plateformes assurent de leur côté que l’écrasante majorité des conducteurs («4 sur 5 ») préfère le modèle actuel, pour la flexibilité des horaires.

Un référendum pour trancher ?

Les deux concurrents parient sur un référendum, prévu pour novembre, pour sauver leur modèle. Ils ont dépensé des dizaines de millions de dollars pour organiser le scrutin et appeler les citoyens de l’Etat à soutenir leur « Proposition 22 », un compromis qui garantirait la flexibilité et certains avantages sociaux aux conducteurs indépendants.

« Interrompre le service en Californie pourrait leur permettre de gagner des soutiens pour la Proposition 22, parce que les consommateurs vont sans doute être frustrés s’il n’y a soudain plus de VTC dans l’Etat », remarque l’analyste Dan Ives de Wedbush Securities. « Dans cette partie de poker de haut niveau, nous pensons que c’est intelligent de la part de Lyft, et d’Uber qui va suivre ». Les élus et syndicats favorables à la loi AB5 rappellent de leur côté que Lyft et Uber avaient le temps de régulariser leur situation depuis le mois de janvier.

« C’est honteux que des entreprises préfèrent arrêter les opérations au lieu de se conformer aux lois du travail », avait déclaré mercredi Jim Hoffa, le président du syndicat américain Teamsters, qualifiant leurs « menaces » de « tactiques d’intimidation de corporations cupides ». Les rebondissements californiens sont suivis de près aux Etats-Unis et par les nombreux autres gouvernements critiques de la « gig economy ».

Uber n’a jusqu’à présent jamais réussi à dégager de profits. Au premier semestre 2020, le groupe a perdu 4,7 milliards de dollars, notamment à cause de l’effondrement de la demande pour des trajets en voiture pendant la crise sanitaire. Un changement du modèle est « inévitable » pour l’analyste indépendant Rob Enderle, mais « ce n’est vraiment pas le moment. (A cause de la pandémie), beaucoup de chauffeurs sont en mode survie, et Uber et Lyft perdent beaucoup d’argent. Ils pourraient faire faillite ».