Présidentielle américaine : Donald Trump peut-il vraiment saborder l’élection en limitant le vote par correspondance ?

USA 2020 Le président américain a déclaré la guerre au vote postal, et cela pourrait avoir un impact majeur en novembre face à la pandémie de coronavirus

P.B. avec AFP

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Le vote par correspondance est dénigré par Donald Trump car il l'accuse de servir les intérêts des démocrates.
Le vote par correspondance est dénigré par Donald Trump car il l'accuse de servir les intérêts des démocrates. — Michele Eve Sandberg//SIPA

C’est une vénérable institution dont les origines remontent à 1792. Mais si on est loin de l’époque du Far West et des diligences, la poste des Etats-Unis (USPS) joue depuis plus de 100 ans un rôle central dans la démocratie américaine. Et en pleine pandémie de coronavirus, la bataille fait rage sur le vote par correspondance. Donald Trump fait tout ce qu’il peut pour le limiter, assurant sans preuve qu’il sera entaché de fraude. L’opposition, elle, accuse le président américain de chercher à « décourager les gens de voter par courrier », une option qui serait privilégiée par de nombreux électeurs démocrates. Face aux coupes budgétaires, l’USPS, dirigée par un proche du président américain, est sous l’eau. Avec le risque d’un potentiel scénario cauchemar le 3 novembre.

La majorité des Américains pourrait voter par correspondance

Lors du duel entre Donald Trump et Hillary Clinton, 40 % des votants ont choisi le vote anticipé (early voting) ou par correspondance (mail-in et absentee ballots). Face à la menace du coronavirus, avec plus de 50.000 nouvelles infections et 1.000 décès quotidiens aux Etats-Unis actuellement, de nombreux Etats ont décidé de faciliter le vote à distance. Au total, près de trois quarts des électeurs américains pourront obtenir un bulletin courrier, soit automatiquement, soit en faisant la demande. Seuls huit Etats n’autoriseront pas la justification « crainte du covid » pour voter par correspondance.

Coupes budgétaires et copinage

L’USPS est dirigée depuis le printemps par Louis DeJoy, un proche de Donald Trump, et l’un des grands donateurs de sa campagne. Celui-ci mène tambour battant des réformes censées ramener dans le vert les comptes de la poste, déficitaire depuis 2008. Des machines de tri jugées obsolètes ont été supprimées, des boîtes à lettres retirées des rues, et le courrier arrive en retard car les facteurs ne peuvent plus travailler en heures supplémentaires. Et l’USPS a prévenu qu’elle ne pourrait pas acheminer en temps voulu des millions de bulletins de vote, qui ne pourront donc pas être pris en compte, selon le Washington Post.

Pas de preuve de fraude

L’opposition de Donald Trump au vote par correspondance – qu’il utilise pourtant personnellement – n’est pas nouvelle. Aussitôt élu, il avait mis en place une commission chargée d’enquêter sur des « millions de votes illégaux ». Elle avait été démantelée sans tambour ni trompette, et de nombreuses études ont conclu que les cas de fraudes étaient extrêmement rares – de l’ordre de quelques dizaines en 2016. Chaque Etat fonctionne de manière différente mais les bulletins sont identifiés par un code-barres et les signatures sont en général comparées.

Pas d’avantage pour un parti, mais cela pourrait changer

Même si Donald Trump y est farouchement opposé, le vote par correspondance n’a pas vraiment favorisé les démocrates par le passé. Comme l’explique le site FiveThirthyEight, il permet d’augmenter la participation des minorités (avantage démocrate) mais aussi des personnes âgées (avantage républicain). Mais les attaques de Donald Trump semblent avoir un impact sur l’opinion : selon un sondage pour ABC et le Washington Post, 51 % des démocrates ont l’intention de voter par correspondance en novembre, contre seulement 20 % des républicains. En clair, le président américain semble faire le pari que ses partisans se rendront dans les urnes, covid ou pas, alors que les électeurs démocrates semblent plus réticents.

La partie n’est pas jouée

Les responsables démocrates du Congrès envisagent d’organiser à partir du 24 août des auditions des responsables du dossier postal et voter une aide d’urgence à l’USPS. Sur Fox News, Donald Trump avait indiqué qu’il ne donnerait pas un centime à la poste afin d’empêcher « un vote par courrier généralisé ». Mais face à la gêne de certains cadres républicains, le président américain a assuré ce week-end qu’il pourrait finalement financer l’organisation, indiquant : « Ce n’est pas ce que je veux, c’est ce que le peuple américain veut. »