Royaume en crise cherche Premier ministre. Poste à durée déterminée.

BELGIQUE Yves Leterme ne se présentera pas à sa propre succession. Wilfried Martens explore...

Maud Descamps

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La Belgique cherchait une solution samedi et semblait s'orienter vers un gouvernement de transition après la chute du cabinet Leterme, qui s'ajoute à une crise toujours bien présente entre Flamands et francophones concernant l'avenir du pays.
La Belgique cherchait une solution samedi et semblait s'orienter vers un gouvernement de transition après la chute du cabinet Leterme, qui s'ajoute à une crise toujours bien présente entre Flamands et francophones concernant l'avenir du pays. — Dominique Faget AFP/Archives

Qui acceptera de s'asseoir sur le siège éjectable? Alors que le roi Albert II a officiellement accepté ce lundi la démission du gouvernement, la Belgique s'enfonce de plus belle dans une crise politique. Le Premier ministre sortant Yves Leterme a présenté, vendredi, sa démission ainsi que celle de l'ensemble de son gouvernement après que des actionnaires de la banque Fortis ont déposé plainte. Ces derniers accusent Yves Leterme et ses ministres d'avoir fait pression sur la justice dans l’affaire judiciaire qui concerne la revente de la banque dans laquelle le gouvernement est intervenu. Une crise politico financière qui vient s'ajouter à des mois de disputes entre Flamands néerlandophones et francophones sur l’avenir du pays.

Un explorateur pour aller chercher le Premier ministre

L'hypothèse d'un retour à la tête du gouvernement belge de l'ex-Premier ministre Jean-Luc Dehaene s'est renforcée lundi grâce à une ouverture des socialistes flamands, qui n'excluent plus de participer à un gouvernement «de transition» sous sa houlette. Le chef de l'Etat a confié lundi soir à l'ancien Premier ministre belge Wilfried Martens une mission «exploratoire» pour tenter de former un nouveau gouvernement.

«Le roi a reçu ce soir en audience au Château de Laeken Wilfried Martens. Le Roi l'a chargé d'une mission d'exploration afin de trouver rapidement une solution à la crise politique actuelle. Wilfried Martens a accepté cette mission», indique ce bref communiqué.

Une mission de sacrifice

Privée de gouvernement, la Belgique cherche donc son sauveur. «Après les erreurs à répétition d'Yves Leterme, qui n'a pas su mettre fin aux querelles entre flamands et francophones, le futur Premier ministre va devoir reprendre les choses en mains», explique Xavier Mabille, président du Centre de recherches et d'informations socio-politique (Crisp) à Bruxelles. «Mais prendre la tête du futur gouvernement est clairement une mission de sacrifice politique pour celui qui l'acceptera», précise le politologue, «tant qu'il n'y aura pas de changement de fond, la situation restera instable».

Albert II, chef de l'Etat, consulte depuis trois jours les principaux responsables politiques de la majorité afin de trouver une solution provisoire. Autrement dit, aucun remaniement de fond ne devrait avoir lieu avant les élections de juin 2009. Yves Leterme a déjà fait savoir qu'il ne se présenterait pas à sa propre succession. Une décision sage compte tenu des critiques dont il fait l'objet. «En juin 2007, Yves Leterme a été élu avec plus de 800.000 voix de préférences. Il y avait donc beaucoup d'attentes de la part de l'électorat», explique Xavier Mabille, «mais il a déçu. Il a été incapable de rebondir lorsque la crise communautaire a commencé».

Yves Leterme, la raison de tous les maux?

Il faut dire que le Premier ministre n'avait pas hérité de la situation idéale. «Yves Leterme s'est retrouvé à la tête d'un gouvernement complètement asymétrique difficile à gérer et a été chargé de la réforme de l'État», souligne Xavier Mabille. Mais le Premier ministre, incapable de trouver une solution, avait démissionné le 14 juillet 2008. Un départ refusé par le roi qui l'avait maintenu à la tête du gouvernement. «Face à cet échec, la question communautaire a été confiée à une commission excluant le gouvernement fédéral et Yves Leterme en est sorti très affaibli», précise le politologue.

«Leterme est allé d'échec en échec. Si l'affaire Fortis était sortie dans un cadre politique stable, le gouvernement aurait dû faire face à un moment difficile, mais n'aurait pas démissionné. L'affaire Fortis n'est que l'événement de trop qui a coûté son siège à Leterme», conclut le président du Crisp.