Hong Kong : Arrestation de Jimmy Lai, figure de la contestation contre Pékin

REPRESSION Richissime patron de Next Media, le septuagénaire est le seul dirigeant de presse hongkongais qui tienne tête au pouvoir central chinois

20 Minutes avec AFP

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Jimmy Lai, patron de presse et figure de la contestation contre Pékin, lors de son arrestation à Hong Kong, le 10 août 2020.
Jimmy Lai, patron de presse et figure de la contestation contre Pékin, lors de son arrestation à Hong Kong, le 10 août 2020. — /AP/SIPA

C’est une nouvelle étape dans la reprise en main musclée de Hong Kong. Et Pékin, sous couvert de la loi controversée sur la sécurité, a cette fois décidé de s’attaquer à une figure emblématique du mouvement prodémocratie. Le magnat hongkongais Jimmy Lai a ainsi été arrêté lundi et son groupe de presse perquisitionné.

Sept arrestations

Il faut dire que le richissime homme d’affaires irrite au plus au point les autorités chinoises. Patron de Next Media, qui compte notamment le quotidien Apple Daily et le magazine Next, il a bâti sa fortune seul et est surtout le seul dirigeant de presse hongkongais qui tienne tête au pouvoir central de Pékin en le critiquant régulièrement. Pour cela, le septuagénaire se savait en sursis. A raison puisque la police est venue l’interpeller chez lui vers 07 h du matin, a expliqué Mark Simon, un de ses proches collaborateurs, en précisant que d’autres membres de son groupe de presse avaient eux aussi été arrêtés. Pour sa part, la police a fait état de sept arrestations pour des soupçons de collusion avec des forces étrangères et fraude.

En fin de matinée, des dizaines de policiers se sont présentées au siège du groupe de presse. Des journalistes d’Apple Daily ont diffusé en direct sur Facebook les images de cette perquisition. Sur celles-ci, le rédacteur en chef du quotidien Law Wai-kwong apparaît en train de demander aux policiers leur mandat. Mais rien n’y a fait. Les policiers ont ordonné aux journalistes de se lever et de s’aligner pour des vérifications d’identité, alors que d’autres fouillaient la salle de rédaction devant Jimmy Lai amené sur les lieux.

Un « traître » pour les médias d’Etat

Rares sont les Hongkongais qui attirent autant la haine de Pékin que Jimmy Lai. Les médias d’Etat chinois le qualifient régulièrement de « traître » en l’accusant d’être l’instigateur de la contestation de 2019. Les accusations de collusion avec une puissance étrangère ont redoublé l’an passé, quand il a rencontré le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo et le vice-président Mike Pence. Deux semaines avant que la loi sur la sécurité soit imposée à Hong Kong, Jimmy Lai avait confié qu’il était « prêt » à aller en prison. « Le cas échéant, j’aurai la possibilité de lire des livres que je n’ai pas lus », avait-il dit. « La seule chose que je puisse faire est de rester positif ».

C’est la répression du soulèvement de Tiananmen en 1989 qui a transformé sa vision politique et en 1990, il fondait Next Media. « Tant que je serai en vie, Next Media ne changera pas », confiait il y a quelques années ce père de six enfants. « Je ne veux pas que mes enfants, mes petits-enfants, se disent que leur père et grand-père était riche, mais qu’il était un trou du cul. Je ne peux pas compter sur mon argent pour être heureux ». Fin juin, il expliquait que la loi sur la sécurité allait « sonner le glas pour Hong Kong » et disait craindre que les autorités poursuivent ses journalistes. Ses craintes sont aujourd’hui fondées.