Biélorussie : Pour la première fois une opposante crédible défie Loukachenko à la présidentielle

SCRUTIN Le président, au pouvoir depuis plus d’un quart de siècle, affronte ce dimanche l’inattendue Svetlana Tikhanovskaïa qui a mobilisé les foules malgré la répression

20 Minutes avec AFP

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Un militaire vote à Minsk en Biélorussie, le 9 août 2020.
Un militaire vote à Minsk en Biélorussie, le 9 août 2020. — Sergei Grits/AP/SIPA

C’est une affiche inédite pour le scrutin présidentiel qui a débuté ce dimanche à 8h (7h en France) dans le dernier pays autoritaire d’Europe. Pour la première fois, la Biélorussie voit son président Alexandre Loukachenko, au pouvoir depuis plus d’un quart de siècle, affronter une jeune opposante inattendue qui a mobilisé les foules malgré la répression. Le scrutin a été précédé d’un vote anticipé depuis mardi avec une participation de 41,7 % selon les autorités.

Interpellations en série

Le pouvoir biélorusse a redoublé d’efforts pour enrayer l’essor de Svetlana Tikhanovskaïa, arrêtant samedi la cheffe de son QG de campagne et interpellant brièvement le même jour une autre alliée de premier plan de l’opposante. Mais l'enseignante d’anglais de formation, âgée de 37 ans, a tenu bon bien qu’elle ait « peur tous les jours ».

Svetlana Tikhanovskaïa au milieu de ses partisans à Brest en Biélorussie, le 2 août 2020.
Svetlana Tikhanovskaïa au milieu de ses partisans à Brest en Biélorussie, le 2 août 2020. - Sergei Grits/AP/SIPA

Ses partisans se sont rendus aux urnes portant des masques sanitaires et surtout des bracelets blancs, en signe de reconnaissance à la demande de l’opposante, qui les a également conviés à envoyer des photos de leurs bulletins afin d’organiser un comptage des votes indépendant. Elle affirme ne pas avoir d’illusions quant au résultat car des « fraudes éhontées » ont déjà été perpétrées selon elle au moment du vote anticipé. D’autant que le nombre des observateurs indépendants a été réduit au minimum. Face à ces « informations inquiétantes », la France, l’Allemagne et la Pologne ont appelé à un scrutin « libre et équitable ».

Importante présence policière

Les craintes sont surtout concentrées sur l’après-scrutin. Des manifestations ne sont pas à exclure, si l’opposition juge le scrutin falsifié. Le président a quant à lui clairement laissé entendre qu’il n’hésiterait pas à les disperser. Samedi soir, une présence policière accrue était visible dans les rues de Minsk, et des véhicules militaires ont traversé le centre-ville de la capitale. Des manifestants ont été arrêtés, et des partisans d’oppositions ont traversé la ville en klaxonnant dans leurs voitures.

Arrestation d'un opposant au président de Biélorussie devant des affiches électorales, à Minsk le 8 août 2020.
Arrestation d'un opposant au président de Biélorussie devant des affiches électorales, à Minsk le 8 août 2020. - Sergei Grits/AP/SIPA

« Pauvre nana »

Avant l’émergence surprise de Svetlana Tikhanovskaïa, Alexandre Loukachenko, 65 ans, a éliminé ses principaux concurrents au printemps et au début de l’été : deux d’entre eux sont incarcérés, un troisième s’est exilé. Trois autres candidats sont en lice, mais aucun n’a su mobiliser. Svetlana Tikhanovskaïa se présente, elle, comme une « femme ordinaire, une mère et une épouse » qui a remplacé au pied levé son mari, Sergueï Tikhanovski, un blogueur incarcéré en mai alors qu’il faisait campagne. Qualifiée de « pauvre nana » par le président, elle a su mobiliser alors même que le pays n’a jamais pu voir émerger d’opposition unie et structurée.

Le vote se déroule aussi dans une atmosphère de défiance envers Moscou, dont Alexandre Loukachenko est à la fois le plus proche et le plus turbulent allié. Jamais en vingt-six ans les tensions n’ont été si concrètes : pour le président, les « marionnettistes » du Kremlin ont l’intention de faire de son pays un vassal. Fin juillet, 33 Russes, des mercenaires présumés de l’opaque groupe militaire privé Wagner, réputé proche du pouvoir russe, ont été arrêtés, accusés de préparer un « massacre » à Minsk.