Explosions à Beyrouth : Dans la capitale sinistrée, Macron s'affiche en sauveur

Reportage Ce jeudi, Emmanuel Macron s’est rendu dans un quartier sinistré par les explosions au port de Beyrouth. Il a été accueilli par une foule en colère contre les dirigeants du pays

20 Minutes avec AFP

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Explosions à Beyrouth : En visite au Liban, Emmanuel Macron réclame «un nouveau contrat politique» — 20 Minutes

Des maisons éventrées, des habitants en colère et soudain des « Vive la France » et des applaudissements : le président Emmanuel Macron s’affiche en sauveur jeudi dans le quartier dévasté de Gemmayzé à Beyrouth, promettant aux Libanais en colère de demander des comptes à leurs responsables.

Aucun dirigeant libanais ne l’a encore fait. En bras de chemise, le visage masqué, le chef de l’Etat français s’est offert un véritable bain de foule, malgré la pandémie de coronavirus qui s’aggrave au Liban, se rendant dans les quartiers soufflés par les terribles explosions au port de Beyrouth mardi.

La France, « seul espoir »

« Vive la France ! Aidez-nous ! Vous êtes le seul espoir ! », répètent des Libanais au président français dans ce quartier majoritairement chrétien, qui était le cœur vibrant de la vie nocturne, des bars et restaurants à Beyrouth.

« Le peuple veut la chute du régime »

Emmanuel Macron est pris dans la mêlée, se donne le temps de parler à l’un ou à l’autre, salue de la main la foule, dans la rue ou massée sur les balcons, qui applaudit à son passage.

Masque sur le visage, portant des gants de chantier, une femme l’interpelle en français, le tenant fermement par les deux mains. Le président se penche alors pour une étreinte qui s’éternise, sous les vivats et les sifflements des badauds.

« Révolution ! Le peuple veut la chute du régime », scande un groupe massé devant une pharmacie dévastée, où le président français est entré, reprenant le slogan phare du printemps arabe, avant de conspuer le président Michel Aoun.

Incurie des dirigeants libanais

Certains laissent libre cours à leur rage dirigée contre les autorités. « Où étiez-vous hier ? Pourquoi vous ne nous aidez pas ? », hurle à l’intention de la police une femme du quartier.

Sur Twitter, le dramaturge et acteur libanais Ziad Itani, qui habite le quartier de Gemmayzé, a salué une visite « historique », fustigeant l’incurie des dirigeants libanais. « Je n’ai plus de maison à Gemmayzé, et le premier à visiter le quartier est un président étranger. Honte à vous ! », a-t-il lancé.

L’aide française « n’ira pas dans les mains de la corruption »

Devant la foule, M. Macron assure qu’il n’est pas là pour « cautionner (..) le régime ». « Je comprends votre colère », dit-il. « Je suis là et c’est mon devoir de vous aider en tant que peuple, de vous apporter les médicaments, la nourriture », ajoute-t-il.

Aux personnes qui lui disent de ne pas faire confiance aux autorités, il répond : « Je vous garantis que cette aide n’ira pas dans les mains de la corruption ».

« Surtout ne donnez pas de l’argent à notre gouvernement corrompu », l’interpelle une passante en français. « On n’en peut plus, on est à bout. C’est un peuple meurtri monsieur le président », poursuit-elle la voix tremblante. « Ne vous inquiétez pas », répond calmement M. Macron. « Libérez-nous des autorités, débarrassez-nous de la corruption, vous êtes notre seul espoir », ont scandé des Libanais.

Un « nouveau pacte politique »

Et c’est pendant ce bain de foule que le chef de l’Etat annonce qu’il va « parler à toutes les forces politiques pour leur demander un nouveau pacte politique ». Le président français va demander aux responsables « de procéder à des réformes (…) de changer le système, d’arrêter la division du Liban, de lutter contre la corruption ».

« Je vais leur parler. Je suis obligé de m’asseoir avec eux (..) je leur dirai la vérité, je vais leur demander des comptes », promet-il solennellement.

Un moment diplomatique à la Chirac, en 1996

Pendant près d’une heure, le chef de l’État a vécu un moment diplomatique fort de son quinquennat, comme Jacques Chirac à Jérusalem en 1996 ou François Hollande en 2013 à Tombouctou.

Emmanuel Macron s’engouffre dans une voiture officielle. Direction : le palais présidentiel, sur les hauteurs de Beyrouth pour des entretiens officiels.