«Le Hamas se prépare en vue d'une confrontation d'ampleur»

PROCHE-ORIENT Frédéric Encel revient sur le contexte de la rupture de la trêve entre le Hamas et Israël et sur les conséquences de la reprise des affrontements...

Maud Descamps

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Israël a commencé à libérer lundi en début d'après-midi 227 prisonniers palestiniens, a annoncé l'administration pénitentiaire.
Israël a commencé à libérer lundi en début d'après-midi 227 prisonniers palestiniens, a annoncé l'administration pénitentiaire. — Said Khatib AFP

La branche armée du Hamas, les Brigades Ezzedine Al-Qassam, a annoncé ce vendredi la fin officielle de la trêve des violences avec Israël, qui était entrée en vigueur le 19 juin. «La trêve a pris fin et ne sera pas renouvelée car l'ennemi sioniste n'a pas respecté ses conditions. L'occupation porte la responsabilité des conséquences», a affirmé le groupe armé sur son site Internet. Frédéric Encel, professeur à Sciences-Po et à l'école supérieure de gestion de Paris, revient sur les motifs et les conséquences de cette décision.

C'est l'aile armée du Hamas qui a annoncé la fin de la trêve avec Israël. Cette branche est-elle représentative de la volonté du Hamas?

Le Hamas est soumis à un gros problème de divisions au sein de son organisation et n'est pas monolithique. Il existe une branche politique et une branche militaire. Sa branche militaire est contre la trêve et c'est pourquoi c'est elle qui a annoncé la fin de l'accord. La branche politique se trouve, en quelque sorte, affaiblie par ce genre de décision car elle risque de perdre en crédibilité face aux pays qui envisageaient de commencer à discuter avec l'organisation.

Pourquoi le Hamas ne réagit pas en discréditant sa branche armée?

C'est un trop gros risque pour l'organisation. Ce «front de refus» au sein du Hamas, qui ne souhaitait pas la trêve, est un moyen de capter la colère des Palestiniens. Il est donc nécessaire. Renier cette branche, même si elle est dissidente, risque de nuire à l'espérance du peuple islamique et donc de porter préjudice à la branche politique du Hamas. Le fait que la branche militaire annonce la fin de la trêve peut, par ailleurs, arranger la direction politique de l'organisation. Elle garde ainsi la tête haute en n'étant pas à l'origine de la rupture de la trêve et garde sa crédibilité auprès des Palestiniens les plus radicaux. D'autre part, la trêve a permis au Hamas de se renforcer politiquement. L'organisation a tenu tête à Israël en faisant accepter cette trêve. La période de calme a également permis au Hamas d'agrandir son stock d'armement qui vient d'Egypte. Provoquer de nouveaux combats serait, pour le Hamas, prendre le risque qu'Israël envoie une expédition et détruise les tunnels qui permettent de recevoir ces armes.

Quel est l'intérêt de constituer un stock d'armement si le Hamas ne veut pas de reprise des combats?

Le Hamas se prépare en vue d'une confrontation d'ampleur. Si dans les mois à venir, les Etats-Unis décident d'intervenir contre l'Iran, le Hamas réagira de son côté. Mais l'objectif du Hamas aujourd'hui n'est pas de taper directement sur Israël. L'organisation cherche à prendre le pouvoir sur l'ensemble du peuple palestinien. Ceci peut se faire par les urnes mais aussi par la force. L'intérêt pour l'organisation est de s'imposer comme un interlocuteur face à la communauté internationale mais aussi face à Israël. La rupture de la trêve n'entraînera donc pas, selon moi, la montée des violences. Le Hamas ne souhaite pas, pour le moment, utiliser toutes ses capacités de nuisance. De l'autre côté, Israël ne souhaite non plus pas en arriver là, puisque l'envoi de troupes à Gaza causerait de très graves pertes humaines.

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