Explosions à Beyrouth : Sous le choc, les habitants de la capitale se réveillent dans une ville en ruines

DRAME Le dernier bilan de la Croix-Rouge fait état de 100 morts et près de 4.000 blessés, et il devrait s’alourdir dans les prochaines heures

20 Minutes avec AFP

— 

Explosions à Beyrouth: Le Liban en deuil après la mort d'au moins 100 personnes — 20 Minutes

Beyrouth se réveille sous le choc. Dans les ruines fumantes du port de la capitale du Liban, au milieu des immeubles éventrés, les secouristes tentaient ce mercredi de retrouver des victimes. Le bilan des deux énormes explosions, qui ont fait plus de 100 morts mardi soir, ne cesse d’être revu à la hausse.

La capitale libanaise a été déclarée ville « sinistrée ». Ces explosions ont été d’une telle puissance qu’elles ont été enregistrées par les capteurs de l’institut américain de géophysique (USGS) comme un séisme de magnitude 3,3. Dans l’épicentre de l’explosion, dont le souffle a été ressenti jusque sur l’île de Chypre, à plus de 200 kilomètres de là, le paysage reste apocalyptique : les conteneurs ressemblent à des boîtes de conserve tordues, les voitures sont calcinées, le sol jonché de valises et de papiers provenant des bureaux avoisinants, jetés là par le souffle de la catastrophe.

Rendre des comptes

Même des Casques bleus ont été grièvement blessés à bord d’un navire amarré dans le port, selon la mission de l’ONU au Liban. « C’était comme une bombe atomique. J’ai tout vu (dans ma vie), mais rien de tel », a témoigné Makrouhie Yerganian, un professeur à la retraite qui vit depuis plus de 60 ans en face du port.

Des secouristes, épaulés par des agents de sécurité, ont cherché toute la nuit des survivants ou des morts coincés sous les décombres. Pour l’heure, le dernier bilan de la Croix-Rouge est d’au moins 100 morts et près de 4.000 blessés, mais il pourrait s’alourdir dans la journée. Les hôpitaux de la capitale, déjà confrontés à la pandémie de Covid-19, sont saturés.

Le Premier ministre Hassan Diab a décrété mercredi jour de deuil national et a promis que les responsables devraient « rendre des comptes ». Le gouvernement pointe du doigt une cargaison de nitrate d’ammonium stockée « sans mesures de précaution » sur le port. « Il est inadmissible qu’une cargaison de nitrate d’ammonium, estimée à 2.750 tonnes, soit présente depuis six ans dans un entrepôt, sans mesures de précaution. C’est inacceptable et nous ne pouvons pas nous taire », a déclaré le Premier ministre devant le Conseil supérieur de défense, selon des propos rapportés par un porte-parole en conférence de presse.

Une aide internationale

Le nitrate d’ammonium, substance qui entre dans la composition de certains engrais mais aussi d’explosifs, est un sel blanc et inodore utilisé comme base de nombreux engrais azotés sous forme de granulés, et a causé plusieurs accidents industriels dont l’explosion de l’usine AZF à Toulouse, dans le sud-ouest de la France, en 2001.

De nombreux pays ont proposé de l’aide au Liban, notamment la France qui envoie mercredi plusieurs tonnes de matériel sanitaire. Le président Emmanuel Macron a annoncé sur Twitter l’envoi d’un détachement de la Sécurité civile et de « plusieurs tonnes de matériel sanitaire » à Beyrouth. Les Etats-Unis ont également proposé leur aide, ainsi que l’Allemagne, qui compte des membres du personnel de son ambassade à Beyrouth parmi les blessés. Même Israël a proposé soir « une aide humanitaire et médicale » à son voisin libanais, avec lequel il est techniquement toujours en guerre.

Ce drame survient alors que le Liban connaît sa pire crise économique depuis des décennies, marquée par une dépréciation monétaire inédite, une hyperinflation, des licenciements massifs et des restrictions bancaires drastiques.

Appel à témoignages. Vous êtes au Liban ? Vous avez été témoin de la situation sur place ? Envoyez-nous votre témoignage au lendemain des deux explosions dans la capitale. Il pourra servir à l’écriture d’un article.