Argentine : Accord in extremis sur 66 milliards de dollars de dettes

RESTRUCTURATION Le pays est endetté à hauteur de 324 milliards de dollars. En récession depuis 2018, son PIB devrait se contracter de 9,9 % cette année selon le FMI

20 Minutes avec AFP

— 

Des Argentins font la queue devant une banque à Buenos Aires, le 4 août 2020.
Des Argentins font la queue devant une banque à Buenos Aires, le 4 août 2020. — Juan Ignacio Roncoroni/EF/SIPA

Le suspense aura duré plusieurs mois et jusqu’au bout les négociations auront été âpres. Le gouvernement argentin a finalement annoncé mardi être parvenu in extremis à un accord pour la restructuration de 66 milliards de dollars de dettes. La date limite des négociations était fixée à mardi 18 heures (23 heures en France). Le pays devrait ainsi éviter les conséquences d’un défaut de paiement prolongé.

Le FMI salue « un pas très important »

Le président argentin, Alberto Fernandez, s’est dit « très content pour le pays » et s’est félicité d’avoir pu restructurer une « dette impossible » au milieu de « la pire crise économique » et « en pleine pandémie ». « Nous sommes heureux d’être parvenus à un accord préliminaire avec l’Argentine sur une proposition qui apportera au pays le soulagement économique nécessaire », se sont réjouis à leur tour les trois principaux groupes de créanciers, Exchange Bondholders, Ad Hoc et Argentina Creditor Committee. La directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, a pour sa part salué « un pas très important ».

Les deux parties ont désormais jusqu’au 24 août pour finaliser les détails de l’accord. Les titres sous législation étrangère, objets de la négociation, représentent environ un cinquième de la totalité de la dette argentine qui s’élève à 324 milliards de dollars, soit 90 % du PIB. Il s’agit d'« un soulagement significatif », a souligné le ministère argentin de l’Economie. « L’Argentine ajustera certaines dates de paiement » par rapport à l’offre originale du gouvernement, ce qui implique des paiements en janvier et non en mars de chaque année comme prévu initialement.

Les discussions, entamées le 20 avril, concernaient des obligations datant de 2005 et 2010, produits d’une restructuration précédente, ainsi que de nouveaux titres émis à partir de 2016. Buenos Aires proposait notamment de payer 53,5 dollars de recouvrement pour chaque tranche de 100 dollars de la valeur nominale des obligations. Les créanciers exigeaient 56,5 dollars. Le nouvel accord prévoit le recouvrement de plus de 54 dollars par tranche de 100 et améliore les délais de paiement.

L’inflation dépasse 50 %

Pour le cabinet Capital Economics, l’accord permettra de stimuler « les investissements, les affaires et la confiance des consommateurs (…) à court terme ». Mais il n’est pas sûr que cela « suffise pour rendre soutenable la dette publique de l’Argentine à moyen et long termes ». 

Le pays n’est donc pas complètement tiré d’affaire. La marge de manœuvre du gouvernement reste en effet étroite : l’économie, la troisième d’Amérique latine, est en récession depuis 2018 et souffrira encore davantage cette année de la pandémie, avec une contraction annoncée de 9,9 % du PIB, selon le FMI. Surtout, l’inflation a atteint plus de 50 % en 2019 et la pauvreté explose. Autre dossier épineux : la restructuration de la dette émise sous législation nationale de 41,7 milliards de dollars, dont les paiements ont été pour l’heure différés au 31 décembre 2021.