Coronavirus : En Allemagne, une rentrée des classes sous la menace de la seconde vague

EPIDEMIE Les Allemands sont les premiers Européens à retourner en classe, dans la crainte d’une seconde vague du virus

J.-L.D. avec AFP
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De retour à l'école pour les Allemands, illustration
De retour à l'école pour les Allemands, illustration — Pixabay

Août vient à peine d’étirer ses premiers rayons de soleil et titiller nos envies de plages que les Allemands entament déjà en partie la rentrée scolaire (ne vous plaignez plus de vivre en France) : les quelque 150.000 élèves de Mecklembourg-Poméranie, sont les premiers écoliers européens à retourner à leurs bureaux dans une configuration quasi-normale après des mois d’interruption et de cours principalement en ligne.

Une rentrée évidemment pas comme les autres avec le coronavirus et l’anxiété d’une vague de contamination automnale. Mais « les enfants avaient besoin d’être présents à l’école car il faut éviter que le retard ne s’accroisse », explique Steffen Kästner, directeur de l’école CJD Jugenddorf-Christophorus à Rostock.

« Nous espérons que tout va bien se passer »

L’établissement, qui regroupe collège et lycée, accueille 1.350 élèves. Seuls deux manquent à l’appel sur décision de leurs parents, « qui appartiennent à un groupe à risque », précise-t-il, mais tous les enseignants sont présents. « Nous espérons que tout va bien se passer. Nous ne savons juste pas où ils ont été en vacances », avoue-t-il, rappelant que le Mecklembourg-Poméranie reste, avec seulement 20 décès sur 9.148 en Allemagne, la région la moins touchée du pays.

Toutefois, la moyenne de 500 nouveaux cas hebdomadaires inquiète. « La vie continue », il va falloir vivre désormais avec le virus, estime Kay Czerwinski, représentant des parents d’élèves de ce Land et du CJD.

Souriez, vous êtes aérés

En accord avec les autorités locales, l’établissement a décidé de s’en tenir principalement au socle commun des mesures d’hygiène adopté mi-juillet par les Länder. A savoir : des salles régulièrement aérées, l’exclusion des élèves présentant des symptômes et la possibilité pour le personnel éducatif de se faire tester gratuitement.

Les élèves sont regroupés en classes d’âge au sein de l’établissement de sorte que les 6e-5e ne croisent par exemple plus les 4e-3e, notamment avec un décalage des heures de cours. Si un cas positif survenait, ce système éviterait de fermer toute l’école mais seulement de placer la classe en quarantaine.

Masques partout présents ou pas ?

Ils doivent aussi, dans cet établissement, porter le masque dans les couloirs, une mesure pourtant pas obligatoire en Mecklembourg-Poméranie. Mais dans la pratique, difficile pour beaucoup de respecter totalement le protocole sanitaire. Certains oublient l’espace d’un instant, par une étreinte, les gestes barrières. Les classes disposées en « L » autour de l’enseignant, ne permettent que peu une réelle distanciation physique.

D’autres régions, plus craintives, ont décidé d’aller plus loin. A Berlin (rentrée le 10 août) ou en Bavière (7 septembre), élèves et enseignants devront porter le masque dans tout l’établissement, à l’exception des salles de classe et cours de récréation. Dans le Brandebourg (10 août), les enseignants devront porter constamment un masque.

Gros déficit allemand

Des mesures insuffisantes, selon le président de l’Association nationale des enseignants, Heinz-Peter Meidinger, qui, faute d’un « manque de préparation » des établissements, craint « un énorme chaos ». Il plaide pour plus de cours à distance.

Sauf que l’Allemagne accuse un « gros déficit » à ce sujet, estime Kay Czerwinski, tant en raison d’une disparité de couverture d’Internet sur le territoire que d’un « manque de formation » des enseignants. Cette fracture numérique risque d’accroître les inégalités en cas de seconde vague.

Retour à la normale

Sans compter que certains cours ne pourront être assurés en raison de l’appartenance des enseignants à un groupe à risque. L’association des philologues en a recensé quelque 400 en Mecklembourg-Poméranie. Face à toutes ces difficultés, il serait « illusoire » de penser que les écoles « vont revenir à un fonctionnement normal », a prévenu Saskia Esken, dirigeante des sociaux-démocrates, partenaires minoritaires de coalition dans le gouvernement d’Angela Merkel.

Une autre inconnue ne facilite pas la reprise des cours : à quel point les enfants, déjà moins susceptibles de contracter une forme sévère de la maladie, sont-ils contagieux ?

Une récente étude américaine parue dans la revue médicale JAMA Pediatrics affirme que les jeunes enfants pourraient être d’importants propagateurs du virus dans la population, une hypothèse allant à l’encontre du discours actuel.