Le scandale des nouvelles générations volées

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Véritable carton au box-office australien, le dernier film de Baz Luhrmann, Australia, qui retrace une partie de l'histoire du pays, réveille un bien mauvais souvenir pour les Aborigènes : celui des générations volées. Entre 1910 et le début des années 1970, l'Australie s'est livrée à une terrible politique d'assimilation de la population aborigène. Les enfants aborigènes, principalement les métis, étaient enlevés à leurs familles pour qu'ils soient élevés dans des familles blanches ou dans des foyers. En tout, on estime que 100 000 enfants ont été victimes de ces adoptions forcées.

Aujourd'hui, la polémique pourrait reprendre de plus belle. La sortie du film a coïncidé avec la parution d'un rapport accablant pour les services sociaux : 4 000 enfants aborigènes sont actuellement à la charge de l'Etat de Nouvelle-Galles du Sud, le plus peuplé d'Australie. A titre de comparaison, en 1969, environ 1 000 jeunes aborigènes étaient placés dans des foyers. L'étude souligne également que le nombre de mineurs enlevés à leurs familles pour cause de négligence, est dix fois plus élevé chez les noirs. « C'est plus que le nombre d'enfants enlevés à leurs familles à l'époque des générations volées », s'inquiète la secrétaire d'Etat pour la communauté Aborigène, Amanda Bridge.

Des chiffres qui font peur, d'autant que l'Australie a mis du temps avant de revenir sur cette partie de son passé. En août 2007, Bruce Trevorrow a été le premier ancien enfant volé à gagner son procès contre le gouvernement local de Nouvelle-Galles du Sud. Plus symbolique encore, l'actuel Premier ministre, Kevin Rudd, s'est officiellement excusé en février dernier devant le Parlement fédéral. Dans son discours, il expliquait vouloir « enlever une tache sur l'âme de la Nation [...], et ouvrir un nouveau chapitre dans l'histoire du pays ».

Sophie Cois