Prison à vie pour le colonel Bagosora, « cerveau » du génocide

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Le colonel Théoneste Bagosora, présenté comme le « cerveau » du génocide de 1994 au Rwanda, a été condamné hier à la prison à vie. Ce verdict est intervenu au terme du procès phare, débuté en 2002, du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), qui siège à Arusha, en Tanzanie. Deux autres hauts responsables militaires ont été condamnés à la même peine, selon l'AFP. Le gouvernement rwandais s'est dit « satisfait » par ce jugement, estimant que « la justice [avait] été rendue ».

Le tribunal les a toutefois acquittés du crime d'« entente en vue de commettre un génocide », une qualification recouvrant l'élaboration collective du projet génocidaire avant le 7 avril 1994, date du début des massacres. Jusqu'à ce jour, aucun accusé jugé par le TPIR n'a été reconnu coupable de ce crime, pourtant plaidé dans presque toutes les affaires.

Le colonel Bagosora, un Hutu de 67 ans, était le directeur de cabinet du ministre de la Défense à l'époque du génocide. Il avait fui le Rwanda en juillet 1994 face à l'avancée décisive du Front patriotique révolutionnaire (FPR, actuellement au pouvoir à Kigali) et avait été arrêté au Cameroun deux ans plus tard, avant d'être transféré à Arusaha en janvier 1997. La chambre a considéré que Bagosora dirigeait de facto l'armée rwandaise après l'attentat contre l'avion du président rwandais hutu Juvénal Habyarimana, le 6 avril 1994 , qui avait servi de détonateur au génocide.

Les massacres, perpétrés en trois mois, ont fait, selon l'ONU, environ 800 000 morts parmi les Tutsis et les Hutus modérés. D'après l'accusation, le colonel avait annoncé en 1993, en claquant la porte des négociations avec la rébellion tutsie du Front patriotique rwandais, qu'il retournait dans son pays pour « préparer l'apocalypse », c'est-à-dire le génocide. Bagosora, qui clame son innocence, nie avoir jamais prononcé ces paroles. Il a décidé de faire appel de sa condamnation.